08.07.2008

Les films de juin 2008

Un mois de juin nettement plus intéressant que mai au niveau des films vus. La palme revient à JCVD, vraiment surprenant, et Phénomènes, sans doute le meilleur Shyamalan.

 

8 juin : JCVD, de Mabrouk el Mechri Stars_4.gif

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Je ne suis pas particulièrement fan de Jean-Claude Van Damme, en tout cas pas pour ses films. Ses déclarations absurdes dans la presse ou à la télé me font rire comme tout le monde, mais je ne m'étais pas jusqu'ici intéressé à l'homme. Cependant, les quelques extraits et faux teasers que j'ai vus du film m'ont convaincu d'une chose : cet homme a le sens de l'autodérision. Il y aurait donc quelqu'un à l'intérieur de ce corps musclé au service de films de baston bas de plafond ?

Eh bien oui. Van Damme joue son propre rôle, et il le fait avec une sincérité assez déconcertante. Certains passages vont un peu trop loin dans la victimisation (le procès pour la garde de sa fille, par exemple), mais dans l'ensemble son personnage est touchant, avec ses forces et ses faiblesses. Et surtout, Van Damme joue bien. Etonnant, non ? Difficile alors de savoir où s'arrête le cinéma et où commence la biographie, et c'est le principal intérêt du film. Quelques passages sont toutefois explicitement de l'ordre du réel, comme lorsque Van Damme s'élève du sol pour sortir du cadre des décors et part sur une tirade que l'on sent improvisée sur sa vie, ses sentiments, son rapport au monde. C'est, dans la forme, à rapprocher de ses célèbres délires, mais on a la dérangeante impression que cette fois c'est pour de vrai, ce n'est pas du spectacle : Van Damme se livre sans fard. Alors on peut continuer à se moquer, ou bien accueillir ces paroles avec empathie et essayer de comprendre. Bien peu dans la salle ont d'ailleurs ricané pendant cette scène, preuve que le réalisateur a réussi son coup.

Mais on aurait tort de réduire JCVD au seul aspect biographique. Car c'est avant tout un film de braquage avec un vrai scénario, de vrais personnages et un parti pris visuel qui peut gêner mais que j'ai particulièrement apprécié. L'histoire est simple : Van Damme, près d'être ruiné par son procès aux Etats-Unis l'opposant à son ex-femme pour la garde de leur fille, va récupérer du liquide dans sa banque, en Belgique. Avant d'entrer dans le bâtiment, il croise deux fans et accepte de leur signer des autographes, malgré le fait qu'il soit pressé. Les jeunes gens excités le voient entrer dans la banque. Quelques minutes plus tard, des coups de feu éclatent : il semble que Van Damme ait pris les clients en otage. La police arrive sur les lieux, ainsi que les médias et des centaines de fans.

Il y a donc une véritable histoire, qui n'est pas étouffée par la carure de Van Damme. Jouant sur une chronologie non linéaire pour nous dévoiler les informations au compte-goutte, l'auteur parvient à installer un suspense et à développer un scénario réussi. Le côté mythique de Van Damme est intégré à l'histoire, ainsi que son image auprès de ses fans ou de ses détracteurs. Les autres personnages ne sont pas négligés, et laissent la place à de très bons numéros d'acteurs : François Damiens (le monsieur "caméra cachée" belge, qu'on a déjà vu dans Dikkenek ou Cow Boy et qui a au moins autant de talent que Poelvoorde), Zinedine Soualem (acteur fétiche de Klapisch), Karim Belkhadra ou Boulli Laners (réalisateur de Eldorado et acteur notamment dans J'ai toujours rêve d'être un gangster).

JCVD est donc un mélange étonnant et très réussi, entre biographie et fiction, avec un Van Damme plus profond que ce qu'on pense, pas dupe de son image auprès du public, montrant une émotion et une humanité qui, si elles sont sûrement un peu romancées, n'en ont pas moins l'air sincères. Pas doute, on le regardera différemment, à l'avenir.

 

17 juin : Phénomènes (The Happening), de M. Night Shyamalan Stars_4.gif

phenomenes.jpgJ'en ai déjà parlé ici, mais je le répète : c'est un excellent film, dans la lignée de Signes.

 

22 juin : Sagan, de Diane Kurys Stars_2.gif

sagan.jpgN'ayant jamais lu Sagan ni ne l'ayant jamais vue à la télé, je suis allé voir ce film uniquement pour Sylvie Testud, une actrice hors norme. Difficile donc de savoir si sa performance est à la hauteur du personnage (notamment sa diction très particulière est assez gênante, mais il parlait que la vraie Sagan parlait comme ça...), mais il n'y a pas de doute sur le fait qu'elle porte le film sur ses épaules. Car en lui-même, le film n'a pas grand intérêt pour ceux qui ne connaissent pas l'auteur : on voit défiler sa vie avec, paraît-il, des clins d'oeil à ses romans, une vie certes originale (ne serait-ce que par la danse de ses amis, amants et amantes) mais qui n'est pas non plus exceptionnellement captivante. Les seconds rôles sont à peine esquissés, seuls Guillaume Gallienne (qui joue le frère de Sagan) et Jeanne Balibar tirent leur épingle du jeu. On regrettera même la présence de Pierre Palmade, qui malgré quelques efforts n'arrive pas à effacer l'impression d'artificialité de son jeu, et surtout d'Arielle Dombasle, dont on se demande pourquoi des réalisateurs font encore appel à elle alors qu'elle n'a aucun talent.

Malgré tout, le film reste sympathique à regarder, fresque assez bien faite qui traverse les décennies. La personnalité de Sagan est tout de même assez attachante, on est tour à tour agacé et charmé et notre intérêt, malgré quelques minutes d'ennui, reste la plupart du temps éveillé.

 

24 juin : La personne aux deux personnes, de Nicolas et Bruno Stars_3.gif

personne2personnes.jpgQui n'a pas été bercé, dans les années 80, par les tubes romantiques de Gilles Gabriel ? Comment, vous n'en avez jamais entendu parler ? Flouuuuu de toi, complètement flouuuuuu de toi, mais qu'est-ce qui nous arrive, j'ai perdu la diapositiiiiiive... Toujours pas ? Pourtant, la promo du film La personne aux deux personnes a joué sur ce vrai-faux clip interprété par Chabat sur le modèle des vraies chansons de l'époque : à la fois hilarant et, comment dire... gênant, dans la mesure où, à 10 ans, nous avons tous écouté ce genre de soupe...

Gilles Gabriel est donc un chanteur sur le retour, joué par Alain Chabat, persuadé que le succès va revenir. Pour preuve : il a entendu son tube trois fois à la radio dans une même semaine ! Alors qu'il écoute Flou de toi dans sa voiture, il renverse Jean-Christian Ranu, petit employé minable travaillant pour la Cogip à La Défense. Un étrange phénomène se produit : la personnalité de Gabriel est projetée dans l'esprit de Ranu, qui se retrouve envahi par cette nouvelle voix. Les deux hommes vont devoir partager le même corps, et s'entraider pour que l'un retrouve le succès, et l'autre un semblant de vie sociale.

Sur une idée totalement déjantée, Nicolas et Bruno réalisent un film hilarant bourré de bonnes idées, avec une critique acerbe mais au combien pertinente du monde de l'entreprise, entre le mépris des patrons pour les employés et les fausses techniques de motivation des troupes. Ranu, joué par Daniel Auteuil, est particulièrement convaincant en employé asocial emprisonné dans sa vie étriquée. Cela donne lieu à des scènes savoureuses, notamment dans ses tentatives désespérées de séduire sa chef, jouée par Marina Foïs.

Bref, on rit presque tout le temps. Une vrai réussite. 

 

28 juin : Bons baisers de Bruges (In Bruges), de Martin McDonagh Stars_3.gif

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Deux tueurs à gages sont envoyés à Bruges par leur patron, le temps de se faire oublier après leur dernière mission en Angleterre. Ken (Brendan Gleeson), le vieux, a toutes les difficultés du monde à clamer Ray (Colin Farrell), le jeune, qui a du mal à rester en place. Alors que Ken apprécie l'architecture charmante de Bruges, Ray s'y ennuie à mourir. Sur un tournage, il va rencontrer Chloë (Clémence Poésy), jeune belge un peu mystérieuse, ainsi qu'un nain qu'il recroisera plusieurs fois.

Oubliez le titre français et l'affiche à l'accroche stupide ("La Belgique, ses moules, ses frites et ses tueurs à gages"), qui jouent sur des stéréotypes pariant sur le fait que tous les spectateurs sont des imbéciles. Ne vous fiez pas non plus totalement à la bande annonce, qui insiste sur le côté déjanté du film. Oui, Bons baisers de Bruges est un film délirant et drôle. Cet aspect permet de capter l'attention du spectateur et de ne jamais le lacher.

Mais c'est aussi un film très humain, avec des personnages touchants, ayant chacun leur part d'ombre, des blessures secrètes. Cette humanité rééquilibre le film et l'empêche de sombrer dans l'absurde pur, le rendant nettement plus intéressant. Le réalisateur prend soin de ses personnages, même secondaires, et arrive, par petites touches, à les rendre consistants.

Une vraie bonne surprise pour un film qui, a priori, ne laissait pas espérer mieux qu'une banale histoire de gangsters.

 

29 juin : Seuls two, de Eric et Ramzy Stars_1.gif

seuls_two.jpgEt pour finir, le plaisir coupable du mois : le dernier Eric et Ramzy. Oui je sais, leurs films précédents étaient nuls. Mais j'aime bien les personnages, surtout lorsqu'ils improvisent, et la série H était plutôt pas mal. En plus, ils ont insisté pendant la promo du film sur le fait que c'était vraiment leur film, alors si je voulais me faire une idée précise sur leur talent, c'était le moment.

L'histoire : un flic minable (Eric), sur le point de se marier, poursuit sans relâche depuis 10 ans un cambrioleur (Ramzy) qui le nargue à chaque coup. Un jour, ils se retrouvent littéralement seuls dans Paris : tous les autres ont disparu.

Bon, le film ne vaut pas grand chose. Il est drôle par moments, mais certaines scènes s'étirent en longueur on ne sait pourquoi. Les deux acteurs sont à fond dans leurs personnages, difficile de juger de leur véritable talent d'acteur avec des rôles si stéréotypés. Pourtant, voir Paris vidé de ses habitants et touristes a un côté très impressionnant. Rien que pour ça, le film vaut le coup d'oeil. Mais juste un coup d'oeil : inutile de dépenser des sous pour aller le voir, il passera bien assez tôt sur TF1 ou M6...

17.06.2008

Phénomènes (The Happening)

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Alors qu'une partie de la France s'excitait devant vingt-deux péquins courant après un truc rond et blanc, je suis allé voir Phénomènes, le nouveau film de M. Night Shyamalan. Un Shyamalan est toujours un phénomène en soi. Même s'il est pas mal décrié (il faut dire que sa Jeune fille de l'eau n'était pas vraiment convaincante), il provoque une certaine vague de curiosité, on se demande ce qu'il va bien pouvoir nous sortir cette fois-ci, est-ce qu'il va savoir se renouveller. Et est-ce qu'il va enfin faire un film qui sort des sentiers qu'il a lui-même battus et rebattus.

Ca s'engageait mal : lors de ma première vision de la bande-annonce au cinéma, un connard derrière moi, pas discret du tout, a dit à sa copine qu'il en avait entendu parler, et s'est mis à lui en révéler la fin, dont j'ai capté quelques bribes. Autant vous dire que j'étais prêt à lui exploser la tête, et depuis j'essayais de ne pas y penser, en me disant que j'avais mal compris, ou qu'il racontait n'importe quoi pour faire son intéressant... Mon soulagement fut donc grand à la fin du film lorsqu'il s'est avéré que ce que j'avais entendu n'avait rien avoir avec Phénomènes !

phenomene_wahlberg.jpgBref, parlons du film. Il s'ouvre sur un bel après-midi dans Central Park, ou les joggueurs courent, où les enfants jouent, où les chiens se soulagent dans l'herbe et où les gens discutent sur les bancs. Ce que font deux jeunes filles, jusqu'à ce que l'une d'elles s'arrête de parler puis s'enfonce son aiguille à cheveux dans le cou. Quelques centaines de mètres plus loin, des ouvriers se jettent du toit d'un immeuble en construction. L'évidence est là : un phénomène inexpliqué pousse les gens à se suicider. On pense d'abord à une attaque terroriste, mais quand le phénomène s'étend à plusieurs grandes villes, le doute s'installe, avec la panique. Elliot et sa femme Alma, fuyant Philadelphie avec un ami et sa fille, vont tenter d'échapper au phénomène, à défaut de le comprendre.

Phénomènes fait indéniablement penser à Signes. Dans la présentation de la situation, que l'on découvre petit à petit ; dans le resserrement de l'intrigue sur une poignée d'individus représentant la cellule familiale ; dans l'atmosphère d'angoisse que Shyamalan maintient d'une main de maître tout au long du film ; dans les images frappantes qui parsèment le film (je me souviens de cette vidéo amateur dans Signes montrant pour la première fois, de loin, un ET - j'en ai bondi sur mon siège !) ; et jusque dans l'idée universelle qui sous-tend le film, bien qu'elle n'ait rien à voir avec celle de Signes. Les thèmes sont aussi sensiblement identiques, bien qu'exploités différemments : la famille comme liant social atomique (ce qui vaut quand même mieux qu'un match de foot professionnel...), une situation qui échappe à l'entendement humain et à la pensée scientifique, qui ne sert alors qu'à "s'en sortir" et plus à comprendre. Mais Shyamalan introduit aussi des thèmes qui sont plus dans l'air du temps et qui cristallisent les angoisses de notre société occidentale, comme le terrorisme, l'écologie ou la dégradation des liens sociaux. Plus généralement, on retrouve aussi la "recette Shyamalan", la construction classique de ses films, mais avec une variante là où l'on s'y attend le moins : enfin, le réalisateur ne fait pas reposer son film que sur la fin, en terme d'articulation, de fonctionnement logique et de signification.

phenomene_deschanel.jpgTechniquement, Phénomènes est irréprochable : l'image est nickel comme d'habitude, les cadres et mouvements de caméras sont au poil, c'est magnifique à regarder. La manipulation du suspens est aussi exemplaire : l'auteur joue avec nos nerfs, il maintient un équilibre fragile entre la montée de la tension et l'évolution de l'histoire. Bref, il ne nous lâche jamais. Et tout cela n'est pas du tout dénué d'émotion ni de profondeur comme pourrait le laisser penser cette technique bien huilée. La musique, discrète et lancinante, y est pour beaucoup : d'une simplicité qui rappelle celle de The Fountain, elle installe une ambiance mi-feutrée, mi-angoissante qui berce le film de bout en bout. Chapeau aussi aux acteurs, notamment Mark Wahlberg et Zooey Deschanel, cette dernière parvenant à exprimer énormément de choses rien qu'avec ses (magnifiques) yeux.

On finira par dire que le principal, c'est quand même la puissance d'évocation de Shyamalan, qui stimule notre imagination avec une idée simple mais riche en implications et en développements possibles. On ressort du film avec le cerveau en ébullition, à la fois pour se le repasser dans la tête, mais aussi pour en imaginer la suite car, pour une fois, Phénomènes laisse des ouvertures qui vont bien plus loin que de sympathiques mais éphémères pirouettes scénaristiques.