30.03.2009

Bambous

Saïgon, été 58. La sueur me pique les yeux. J'arrive à peine à respirer. La moiteur de la jungle m'étouffe. Je reste immobile, aussi bien pour ralentir mon rythme cardiaque que pour échapper à la vigilance de l'ennemi. Les Viets ont amorcé une battue méticuleuse. Ils me trouveront bientôt, c'est inévitable. À l'ombre des bambous, j'imagine ma mort. Ce matin, Jim m'a dit, "c'est un beau jour pour mourir". Mon cul. Aucun jour n'est bon pour mourir, en tout cas pas comme ça. J'entends les Viets se rapprocher. Si je m'enfuis, ils me pourchasseront et me tireront dans le dos. Si je reste là, ils me trouveront et alors j'aurais peut-être l'occasion d'en tuer un ou deux. S'ils m'en laissent le temps. J'ai soif.

Ils sont là, à quelques mètres. Je ne respire plus. Je bats des paupières pour chasser la sueur. Je lève doucement mon fusil. Ils sont devant moi, dans ma ligne de mire. Je replie le doigt sur la gachette...

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Quelqu'un me tape sur l'épaule. "Pardon Monsieur". Une voix d'homme. Une voix française. Je me retourne, terrifié. "Savez-vous où se trouve l'avenue Daumesnil, s'il vous plaît ?" Je réponds, "ben en fait vous êtes juste au-dessus, la coulée verte la longe tout du long ou presque, vous prenez l'escalier là, à gauche, vous descendez et vous y êtes." L'homme me remercie et s'éloigne. Je le regarde quelques instants avant de revenir sur les bambous. L'ennemi n'a rien entendu. Je relève mon fusil...

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