12.05.2008
Les films d'avril 2008
Petite séance de rattrapage pour les films que j'ai vus en avril, à la manière d'un Epikt mais avec quelques jours de retard et sans le même degré de pertinence :)
6 avril : J'ai toujours rêvé d'être un gangster, de Samuel Benchetrit 

Un film qui réunit, entre autres, Jean Rochefort et Edouard Baer, ne peut pas être foncièrement mauvais. Ils avaient déjà tourné ensemble dans Akoibon, deuxième réalisation de Baer, film complètement bizarre mais avec un jeu d'acteurs excellent. J'ai toujours rêvé d'être un gangster était donc un film à voir pour son casting de "gueules" (outre les deux déjà cités, on peut y voir Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff, Roger Dumas, Bouli Lanners...). L'affiche laissait également présager le meilleur par son graphisme étonnant et son adéquation parfaite avec le titre.
Je ne fus pas déçu. Film à sketchs tournant autour d'une cafétéria au bord de la route, J'ai toujours rêvé d'être un gangster bénéficie avant tout d'une photo noir et blanc très belle et très léchée. Benchetrit rend hommage au cinéma de la première moitié du 20ème siècle (on peut voir quelques photos d'actrices et d'acteurs de cette époque dans la cafétéria) et va même jusqu'à tourner une séquence à la manière des films muets comme ceux réalisés par Chaplin.
Côté histoire, on croise Edouard Baer en chômeur paumé qui braque la cafétéria et tombe sous le charme de sa serveuse (Anna Mouglalis, magnifique, avec une voix à vous mettre à genoux) ; deux kidnappeurs amateurs qui enlèvent maladroitement une ado fille de riche ; cinq anciens gangsters vieillis nostalgiques de leurs anciennes aventures ; et Alain Bashung et Arno se rencontrant dans la cafétéria et remettant sur la table quelques vieilles rancunes. Dans tous les cas, on navigue entre humour absurde et mélancolie. Mais toujours l'humain est mis en avant : chaque protagoniste, sous ses dehors faussement menaçants, n'attend que d'être sauvé d'un temps qui les rattrape, les dépasse et les efface. Ce sauvetage passera avant tout par l'autre, à l'occasion d'une rencontre. Sauf quand l'honnêteté fait défaut.
J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film d'une beauté visuelle et émotionnelle très forte, avec des personnages attachants et une nostalgie qui ne prend jamais le pas sur un humanisme réconfortant.

Etonnant film mexicain où de jeunes désoeuvrés s'introduisent dans un quartier privé suite à l'ouverture de l'enceinte murale et électrifiée lors d'une tempête. Pénétrant dans la première maison, ils tuent la propriétaire mais la bonne déclenche l'alarme. Les hommes de la résidence arrivent sur place et tuent les malfrats sauf un, qui s'échappe. Mais l'un des résidents tue aussi un gardien. Pour ne pas être ennuyés par la police, les résidents maquillent la disparition du gardien en suicide et décident de traquer seuls le jeune survivant, qui ne peut pas sortir de la propriété privée.
C'est un film sur la dérive sécuritaire, très bien fait et plutôt subtil - les résidents n'ont pas tous des tendances fascistes - qui installe une ambiance inquiétante et suffoquante. Le sentiment d'enfermement est bien rendu, aussi bien chez le fuyard que chez les habitants. Il exprime le manque de liberté qui naît d'une sur-sécurité que l'on s'impose en voulant se protéger. Un très bon film.

Vu par défaut car la séance du film que je voulais voir étais complète. Un film d'animation sympatoche mais sans grand intérêt, vraiment pour les enfants. Il y a un bon message sur le conditionnement des enfants par une éducation conservatrice et bornée (qui rappelle un peu la thèse créationniste qui sévit aux USA), mais pas sûr que nos têtes blondes le captent et le comprennent. D'autant plus qu'il est gâché par une fin où tout le monde se réconcilie (le pardon universel, très chrétien), ce qui tend à décrédibiliser ce message.

J'ai hésité entre deux et trois étoiles, et puis je me suis dit que, pour une fois qu'un film français ne parle pas de la crise de la trentaine, il fallait l'encourager. En plus j'aime beaucoup Jean-Paul Rouve et, si son film n'est formellement pas très novateur, il est suffisamment soigné pour une première réalisation.
L'histoire est celle d'Albert Spaggiari, cerveau du casse de Nice de 1976 ayant défrayé la chronique, et qui parvient à échapper à la justice. Un journaliste de Paris Match retrouve sa trace et obtient une interview exclusive. Il s'envole pour l'Espagne où Spaggiari se terre.
Le principal intérêt de ce film est la personnalité de Spaggiari, bien servi par un Jean-Paul Rouve en forme (sauf lorsqu'il s'engage dans de longues explications parlées, qui semblent artificielles). On s'attache à ce personnage fantasque et sympathique, mais aussi ayant des convictions assez ambigues (notamment sur le racisme). C'est le tour de force de Rouve : nous mettre un peu mal à l'aise en nous faisant adhérer à un personnage qui est plus sournois qu'il n'y paraît.
A noter aussi la bonne performance de Gilles Lelouche (comme d'habitude), en journaliste qui cache bien son jeu mais qui reste humain, enferré dans une situation personnelle qui n'est pas négligée.

J'en ai déjà parlé ici, alors je ne m'étendrai pas plus.

Troisième réalisation du beau George (ça c'est pour C. ;)), Jeux de dupes raconte la création de la ligue professionnelle de football américain en 1925 à travers Dodge Connolly (Clooney), leader d'une équipe "pro" au bord de la faillite, qui cherche à recruter un jeune prodige universitaire, Carter Rutherford (John Krasinski). Entre les deux, une journaliste émancipée, Lexie Littleton (Renée Zellweger), cherche à prouver que Rutherford n'est pas le héros de guerre qu'il prétend, tout en tombant sous le charme de Connolly.
Ceux qui ont vu O Brother des frères Coen se trouveront en terrain connu : même humour, même genre de personnages, même ambiance début de siècle, il est clair que Clooney a pris exemple sur ses aînés cinématographiques. Et bien lui en a pris, car le film est une réussite, avec une intrigue légère mais relativement complexe, des personnages aux motivations opposées qui s'affrontent, mais toujours dans la bonne humeur. L'image a une teinte un peu "old school" qui convient bien à l'époque. Et on rigole franchement devant les pitreries de Clooney et de Krasinski - la scène finale est hilarante. Sans oublier Renée Zellweger, parfaite dans son rôle. Un très bon film.

Cash est un Ocean's Eleven à la française, qui tient plutôt bien la comparaison avec son modèle américain. Cette histoire d'escrocs qui se courent après sans que l'on sache qui est qui et qui sait quoi est assez complexe à suivre, mais le scénario tient relativement bien la route et on ne s'ennuie pas un instant. C'est quand même un peu trop tiré par les cheveux pour être totalement crédible, mais le film est sympathique, sans plus, et on passe un bon moment.

Eh oui, fan de Dubosc et séduit par le disco, difficile de manquer ce film... qui finalement est plutôt raté, mou, pas très drôle et dans lequel on entend trop peu de disco. Le duo improbable Dubosc/Béart ne convainc pas vraiment, et le film est bourré de trop de bons sentiments. Dispensable.

Les films de Wes Anderson (La Vie aquatique, La Famille Tennebaum...) sont toujours des objets difficilement identifiables. Calmes et déjantés à la fois, ils mettent en scène des personnages marginaux à la recherche d'eux-mêmes, hantés par les liens familiaux. À bord du Darjeeling Limited n'échappe pas à la règle, et c'est tant mieux.
Francis, Peter et Jack se retrouvent en Inde à l'initiative du premier, pour un voyage initiatique à bord du train Darjeeling Limited, afin de retrouver leur spiritualité. Très vite, les tensions entre les frères ressurgissent, notamment autour de la mort de leur père et la fuite de leur mère.
Le film repose sur des personnages très forts et des acteurs exceptionnels. Entre rires et larmes, on suit avec fascination ces trois frères qui cherchent à se rapprocher même s'ils n'en ont pas pleinement conscience. Le thème de la famille est présenté sous toutes ses coutures (relations entre frères, décès du père, paternité...), sans concession et sans sombrer dans les lieux communs.
On regrettera, formellement, quelques ralentis douteux (mais rares), sinon le film est impeccable. On ne sait pas finalement ce qu'on peut en retirer, mais on reste longtemps sous le charme de cette ambiance zen et flottante, et de cette quête plus identitaire que spirituelle.
17:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, avril 2008, j'ai toujours reve d'etre un gangster, la zona, deux jours a tuer, a bord du darjeeling limited, jeux de dupes

