12.11.2009
Contre vents et marées : j’irai au cinéma ce soir !
Vous avez beau être athée et détaché de toute superstition, il y a des fois où un concours de circonstances bien énervant vous fait lever la tête, le regard rivé au ciel, les traits déformés par l’incompréhension, hurlant : « Mais qu’est-ce que j’ai bien pu Te faire pour que Tu T’acharnes ainsi sur moi ? » Le « Tu » renvoyant à une entité indéterminée qui pourrait être Dieu s’il existait, une quelconque personnification du hasard, ou tout simplement un miroir métaphysique vous renvoyant en pleine face une réponse du genre « c’est bien fait pour ta gueule, cette mésaventure n’est que le reflet de l’inanité de ton existence ». À choisir en fonction de l’humeur du moment.
Souvent, ce genre d’événement est précédé de signes avant-coureurs que la raison vous fait ignorer, mais qui après coup laissent place à un sentiment paranoïaque et vous placent dans un état d’esprit où tout votre environnement devient hostile et dangereux. Heureusement, cela passe assez rapidement, pour peu qu’on aille prendre l’air ou qu’on dorme un bon coup.
Hier, donc, une telle suite d’événements s’est déchaînée contre moi. Il faut replacer le contexte : en ce moment, je ne sais pas pourquoi, j’ai du mal à voir des films au cinéma. Je veux dire : concrètement du mal. Samedi dernier, en voulant voir Clones aux Halles, je suis arrivé au moment où la salle affichait « complet », 20 minutes avant la séance. En fait, pour une raison qui m’échappe, tout Paris s’était donné rendez-vous au cinéma, ce que je n’avais pas vu un samedi après-midi depuis bien longtemps. Le centre commercial était bourré de monde, et quand j’ai voulu visiter la FNAC histoire de dire que je n’avais pas fait 45 minutes de train pour rien, je n’ai même pas pu rentrer. Échec cuisant, retour à la maison la queue entre les jambes. Le lendemain, heureusement, la foule avait maigri, et même si la salle était pleine, j’ai pu voir le film (ce dont j’aurais pu m’abstenir, au passage).
Voilà pour le contexte. Mardi soir, une amie me conseille le nouveau film d’Alain Resnais, Les Herbes folles, avec un tel enthousiasme que je promets d’aller le voir le lendemain même, jour férié. Déjà, j’aurais dû me méfier : un mercredi férié, c’est louche, ça sent la sortie de poussette, les balades en famille et le comblement (quel vilain mot, mais je n’ai pas trouvé mieux) d’espace commercial vide en temps normal. Car, et ça aussi j’aurais dû le vérifier, les centres commerciaux où se trouvent les cinémas dans lesquels je vais étaient ouverts hier. En plus, il a fait beau et pas trop froid. Premier signe avant-coureur, donc : l’affluence, mais ça, je n’avais pas moyen de m’en rendre compte.
Je me réveille donc, disons, vers midi, je comate quelques dizaines de minutes devant Nagui, je me douche, je mange, et vers 14 heures, je regarde les horaires de ciné. Parfait, il y a une séance à 16 H 05 aux Halles, ça me laisse le temps de glander un peu avant d’affronter le Monde Extérieur. 15 H 30, je prends le bus pour la Défense, j’entre dans le centre commercial, c’est bourré de monde mais j’arrive quand même à accéder à une caisse automatique. Deuxième signe avant-coureur : il y a un peu partout au niveau des caisses deux écrans qui affichent les 16 salles du cinéma, les films associés, les prochains horaires et le nombre de places restantes. Le premier écran informe sur les salles 1 à 8, le second sur les salles 9 à 16. Je regarde les écrans pour voir combien de places il reste pour Les Herbes folles : le film n’est pas marqué. En fait, les deux écrans affichent les informations pour les salles 9 à 16. Un bug informatique sans doute. Mais pas de panique, le film doit passer dans l’une des huit premières salles. Je reporte donc mon regard sur la caisse automatique, appuie sur le bouton « Prochaines séances carte UGC illimitée ». Et là, stupeur : pas d’Herbes folles. Je reste interdit quelques secondes, les gens s’impatientent derrière (je les comprends, il n’y a rien de plus chiant qu’un mec qui met trois plombes à choisir son film ou à échouer à faire lire la piste magnétique de sa carte par la machine). Après ce blocage mental, une seule chose à faire, me retirer. Je m’avance alors vers les horaires affichés sur un panneau au milieu de l’allée : prochaine séance pour Les Herbes folles, 17 H 35.
Vous, lecteur, si vous avez bien lu, vous vous êtes aperçu où se situait mon erreur, mais moi, je ne m’en suis rendu compte qu’à cet instant : je me suis tout simplement trompé de cinéma ! Quel esprit pervers a-t-il bien pu détourner mon attention au point de m’amener au mauvais endroit ? Je ne le saurai sans doute jamais. En tout cas j’étais bien dégoûté. Heureusement, j’avais dans mon sac un bon bouquin, je me dis que je vais attendre la prochaine séance devant une bonne glace Häagen Dazs en bouquinant. Bien sûr, il est 16 H, c’est l’heure à laquelle les familles font une petite pause. Résultat : plus de place pour s’asseoir… Troisième signe avant-coureur, mais là ça devient un truc du genre panneau lumineux d’un mètre de hauteur qui hurle « Rentre chez toi ! » Difficile de résister : je rentre.
Mais je suis têtu (ou con, c’est selon). La Défense n’a pas voulu de moi ? Tant pis, la prochaine séance aux Halles est à 18 H 15, il est 16 H 30 : le temps d’avaler un petit quatre heures, écrire deux-trois mails, et réserver mon billet de cinéma. Car cette fois, je ne me ferai pas avoir : même si la salle est pleine, j’aurai ma place ! Sauf que… le site d’UGC est en rade ! Quatrième signe avant-coureur… Ça commence à faire beaucoup, non ? Vous croyez que j’aurais renoncé ? Ben tiens… Avec une confiance qui confine à l’aveuglement, je file à la gare. Il est 17 H 45 quand j’arrive devant les caisses des Halles. Là aussi, c’est bourré de monde, mais bon, Les Herbes folles, ce n’est pas un film grand public, hein ? Je regarde l’écran d’information sur le nombre de places restantes : 4 pour Les Herbes folles. 4 places ??? Qu’est-ce que c’est que ce délire ? À une demi-heure de la séance ! Trente secondes plus tard : « complet ». Ah ok, c’est la salle 9, elle est toute petite, et tous les « grands » films sont déjà complets : visiblement le public se rabat sur les « petits » films, ce qui est très bien pour eux, mais pas pour moi ! Là ça commence à m’énerver. Je repars la queue entre les jambes (oui, encore), je fends la foule d’un pas rapide pour regagner le métro et rentrer dans mon chez-moi douillet, me demandant si je vais réussir à le voir, ce film !
C’est l’occasion de constater que les gens qui vont à contresens de ma direction se fichent éperdument de ce qu’il y a devant eux : si je ne me poussais pas à chaque rencontre, ce serait le choc assuré. Et si je décidais, moi aussi, de ne pas dévier de mon chemin ? Si j’en avais marre de faire attention aux autres quand ils ne font pas attention à moi ?
Oh là, la parano guette… Il est vraiment temps de rentrer, ligne 14, Paris Saint-Lazare / La Garenne en 15 minutes, et je retrouve mon foyer mal rangé mais infiniment réconfortant. Je réfléchis quelques minutes à cette journée qui se révèle un échec total : je n’ai rien foutu, j’ai perdu 3 heures dans les transports / la marche à pied, il fait nuit et demain faut retourner bosser.
Mais ne vous ai-je pas dit que j’étais têtu (ou con, c’est selon) ? Hop, nouveau coup d’œil aux horaires : dernière séance à 22 H 05 à la Défense. Là, s’il y a du monde, je bouffe ma carte UGC ! Il va faire nuit, il va faire froid, mais, foi d’imbécile, je le verrai, ce film ! 21 H 30, je reprends le bus.
Ah oui, un truc que j’ai oublié, le cinquième signe avant-coureur. À la sortie du train à Saint-Lazare pour aller aux Halles : contrôle SNCF (avec ralentissement de la descente des passagers, donc énervement général). Au retour des Halles dans le train : contrôle SNCF. Dans le bus pour retourner à la Défense : contrôle RATP. Ils avaient quoi, hier ? Dégoûtés de bosser un jour férié, ils ont décidé de faire chier tout le monde ? Ça fout un peu les boules de se faire contrôler trois fois dans la même journée quand on paye 90 euros par mois… Mais bon, c’est ma parano qui revient, faut que je me calme…
Arrivée donc à la Défense à 21 H 40 et là, bonheur : personne. Je prends mon billet : pas de surprise. J’ai même le temps de m’installer dans un confortable fauteuil pour bouquiner un peu. L’ambiance est feutrée, je me détends enfin. 22 H 00, j’entre dans la salle : je suis seul. Cool, je vais être peinard ! Deux autres personnes arrivent avant le début des bandes-annonces. On ne va pas être serré !
On pourrait croire que je l’ai méritée, ma séance, que j’ai gagné le droit d’être tranquille. Ben tiens… Lors d’un blanc pendant les pubs, qu’entends-je ? Un bruit de perceuse suivi d’une succession de coups de marteaux ! Ils ont décidé de faire des travaux PENDANT le film !!! J’admets qu’un cinéma tournant de 10 H 00 à 00 H 00, il faut bien trouver un moment pour opérer la maintenance, mais PUTAIN, là, c’est le pompon ! Et ça a continué pendant tout le film ! Bon, ça n’a pas été trop gênant, seulement pendant les moments de calme, ceux où le réalisateur invite le spectateur à réfléchir ou à se laisser aller à l’émotion… pas facile avec Monsieur Bricolage derrière les murs !
Comme quoi, vous n’allez pas me dire qu’il n’y avait pas un truc ? Quelqu’un, ou quelque chose, avait décidé de m’empêcher de voir ce film, vous ne pouvez pas le nier ! Et voyant que j’insistais, il / ça a voulu pourrir la séance. Je le soupçonne même d’avoir changé la fin du film pour faire en sorte que je ne la comprenne pas… mais bon, ce serait vraiment donner dans la paranoïa, non ?
Une dernière chose : en sortant du cinéma, il pleuvait. J’ai ouvert mon parapluie en marmonnant « journée de merde » et j’ai regagné piteusement mon appartement. À pied, parce qu’à cette heure-là, les bus, un jour férié en plus…
20:00 Publié dans La vie, l'univers et le reste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.09.2009
De la littérature en état d'ébriété avancée
Hier, j'ai acheté, après quelques mois d'hésitation, le livre L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de le Manche, de Miguel de Cervantes. Cela fait un moment que je tourne autour. Depuis que j'ai vu le documentaire sur le film avorté de Terry Gilliam, Lost in la Mancha, je suis fasciné, sans vraiment le connaître, par ce personnage, dont Jean Rochefort aurait fait un parfait interprète – en tout cas, selon l'idée que je m'en fais pour le moment.
Je ne l'ai pas encore commencé (et je ne le lirai probablement pas tout de suite), je n'en ai lu que la préface – très instructive – sur la place de la traduction dans la transmission d'une œuvre étrangère. Hier soir, alors que je rentrais d'une soirée quelque peu arrosée, j'ai eu une "illumination". J'ai eu du mal à imaginer que je m'apprêtais à lire un texte qui a plus de 400 ans. Qui est le reflet d'une époque, d'un auteur, qui allaient me devenir plus réels que la vie de mes propres aïeux. Je me suis dit, "Putain, c'est ça, la littérature !" 400 ans. Cinq vies bien remplies. Alors que la mienne n'en est qu'à son tiers (en étant profondément optimiste). Il y a un mec qui, il y a 400 ans, alors que mon nom n'existait peut-être pas encore, a imaginé un personnage dont j'ai l'intime conviction qu'il me ressemble. Je me trompe peut-être complètement, mais hier, alors que l'alcool démultipliait mes émotions, ça m'a causé un choc.
La littérature permet cela. Jusqu'ici, à de rares exceptions près, j'ai lu plus dans une optique de divertissement, d'évasion, ou de réflexion, de compréhension du monde. C'est sans doute pour cela que je me suis tourné naturellement vers la science fiction. Mais depuis quelque temps, je suis en train de découvrir un nouveau monde, qui englobe le premier, qui l'étend pour lui ajouter une émotion que je ne me souviens pas avoir réellement connue. Un monde qui va peut-être me remettre debout, alors que mes repères vacillent. Hier, à 5 heures du matin, alors que j'avais trop bu et que mes fautes, mes espoirs, mes doutes, me submergeaint, me noyaient, j'ai feuilleté ce texte d'un autre âge avec l'espoir presque enfantin qu'il me racontera, un peu, qui je suis.
C'est sans doute absurde, tout au moins exagéré – l'ivresse ne fait pas bon ménage avec la subtilité et amplifie les mauvaises pensées que la sobriété parvient à tenir éloignées –, et je dois avouer que, ce matin, ce sentiment s'était un peu atténué, mais il n'a pas disparu. Quand on se sent vide, la potentialité merveilleuse de la littérature comble, ne serait-ce qu'un temps, l'espace insécable de notre solitude et nous donne l'illusion qu'il y a, qu'il y a eu, qu'il y aura enfin, une porte de sortie à l'univers bien fade qui nous tient lieu de quotidien. Même si je n'ai pas les armes pour reconnaître la "bonne" littérature, cette inspiration éthylique a dessiné les contours d'un nouvel horizon, la perspective d'un mois de juillet ensoleillé après six longs mois d'hiver aride. Il y a des chances que je ne l'atteigne jamais – je connais ma propension à vite oublier mes bonnes résolutions, à ne pas suivre mes envies éphémères – mais l'important est d'avoir une ligne de fuite à suivre.
Je remercie donc, en plus du hasard, celles et ceux qui m'ont conseillé des auteurs, qui m'ont ouvert les pistes menant à la constitution de la petite liste ci-dessous. Un point de départ. Des œuvres qui ont rejoint hier ma bibliothèque déjà pleine à craquer, en attendant une éventuelle lecture :
L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de le Manche, de Miguel de Cervantes
Court Serpent, de Bernard du Boucheron
La Course au mouton sauvage, d'Haruki Murakami
Quasi objets, de José Saramago
La Ville absente, de Ricardo Piglia
S'il y en a un parmi ceux-là qui concrétise ma "révélation" d'hier soir, alors tout ceci ne sera pas complètement vain.
23:27 Publié dans La vie, l'univers et le reste | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
20.04.2009
Une petite faim ?
"Le foie est de dimension normale, strictement normo-échogène, sans image de stéatose, sans image de processus expansif primitif ou secondaire (...) Il n'existe pas d'adénopathie coelio-mésentérique ni rétro-péritonale haute (...) Les deux reins sont indemnes de lésion tumorale, d'hydronéphrose ou de lithiase."
J'ai rien compris, mais visiblement mes entrailles vont bien.

16:52 Publié dans La vie, l'univers et le reste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08.10.2008
La Vie, l'Univers et le Reste (2)
Solar system / Discovery / Hope / Try to break your walls

Eclipse / Loss / Despair / Try to survive

Shooting stars / Rebirth / Appeasement / Try to move forward

14:32 Publié dans La vie, l'univers et le reste, Photo | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.05.2008
La Vie, l'Univers et le Reste (1)
Un jour, Dieu trouva l'espace infini trop sombre.
Alors Dieu dit : "Que la lumière soit !"
Et la lumière fut.
Dieu trouva l'espace ainsi illuminé trop vide.
Alors Dieu créa les astres et leur dit : "Tournez !"
Et les astres tournèrent.
Dieu trouva les astres trop vierges.
Alors Dieu créa les volcans et leur dit : "Explosez !"
Et les volcans explosèrent.
Dieu trouva les volcans trop chauds.
Alors Dieu créa les rivières et leur dit : "Coulez !"
Et les rivières coulèrent.
Dieu trouva les rivières trop tristes.
Alors Dieu créa les plantes et leur dit : "Poussez !"
Et les plantes poussèrent.
Dieu trouva les plantes trop immobiles.
Alors Dieu créa les animaux et leur dit : "Bougez !"
Et les animaux bougèrent.
Enfin Dieu trouva les animaux trop peu intelligents.
Alors Dieu créa les hommes et leur dit : "Vivez !"
Et les hommes répondirent : "Pourquoi ?"
Ne sachant que répondre, Dieu trouva les hommes trop arrogants.
Alors Dieu se drapa dans sa dignité blessée et déserta l'univers.
Depuis, l'homme erre en vain, cherchant une réponse à la seule question qui n'en a pas.
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