24.04.2008

Bye bye Premiere

1687842115.jpgIl y a un peu plus de dix ans, je tombai amoureux de Milla Jovovich après l'avoir vue dans Le Cinquième élément de Luc Besson. J'étais jeune, plein d'illusions et, à défaut de traverser l'Atlantique pour rejoindre la belle (qui n'aurait bien sûr pas manqué de m'accueillir les bras ouverts), je me suis contenté d'acheter le numéro de Premiere dont elle faisait la une. Je fis ainsi d'une pierre deux coups : assouvir ma passion pour Milla, et attiser ma curiosité pour le cinéma que je venais juste de découvrir.

Mon idylle avec Milla fut de courte durée (loin des yeux, loin du coeur, comme on dit), mais celle avec Premiere se consolida et mon intérêt pour le cinéma s'accrut à la lecture de ce magazine qui correspondait parfaitement à mes attentes : des critiques de films ni trop intello, ni trop niaises, des articles de fond intéressants et parfois très fouillés, des interviews originales, et quelques rubriques rigolote comme le Petit Cochon (trop rapidement abandonné, à mon goût). Pendant onze ans, Premiere a pas mal évolué, parfois en bien, parfois en moins bien. Le moins bien venait la plupart du temps des trop nombreuses modifications de maquette, pas toujours réussies. Mais à chaque fois je m'habituais aux nouvelles formules et le fond reprenait vite le dessus sur la forme.

Jusqu'à ce mois terrible de février 2008. Comme on dit dans les milieux journalistiques à sensations : "et là, c'est le drame". Comme tous les mois, je reçois mon Premiere dans ma boîte aux lettres. Je jette un coup d'oeil à la couverture qui, au premier abord, est dans la droite ligne des précédentes, avec en photo un Johnny Depp beau gosse pour la sortie du dernier Tim Burton. Toutefois, deux accroches douteuses retiennent mon attention : "148 films décryptés, adorés, dégommés" (bizarre, ce ton un peu sensationnel) et "Sex and the City - Le tournage infernal !". Légèrement soupçonneux, je prends l'ascenseur, entre dans mon appartement et déchire le film plastique qui entoure le magazine. J'ouvre au hasard... et referme immédiatement. "Diantre, me dis-je, mais qu'est-ce donc ?" Je tente un nouveau coup d'oeil... Non, je ne suis pas pris de folie, c'est bien la nouvelle maquette qui est tout simplement immonde ! Je regarde de nouveau la couverture pour voir si le facteur, par erreur, ne m'aurait pas livré par hasard un Public ou un Elle. Non, c'est bien Premiere !

Je ne vais pas vous faire l'affront de détailler tout ce qui ne va pas, ni mettre de photos (ce blog est tout nouveau, je ne veux pas vous faire fuir tout de suite). Mais en gros : ils ont fait de Premiere un magazine girly, avec potins, photos de couples, couleurs flashy (ce rose, quelle horreur), onomatopées comme accroches pour les brèves, classement des critiques par ordre décroissant (de la meilleure à la plus mauvaise) - ce qui laisse moins de visibilité aux films non sollicités et crée une ambiance à la Star Ac' -, articles sur des films aussi intéressants que Sex in the City... Il est évident que Premiere a voulu accroître son audience féminine. Sur le principe, je n'ai rien contre, mais j'ai trop de respect pour la gente féminine pour croire qu'elle se soumet tout entière aux recettes minables des torchons people qui pululent depuis quelques années. Et puis quoi, merde, Premiere n'a jamais été un magazine masculin ! Jason Statham n'a jamais fait la une, et les sous-merdes à la Fast and Furious n'ont jamais été mises en avant. Alors pourquoi cet excès de crétinerie peoplisante ?

A cela, une réponse, au moins : la nouvelle rédactrice en chef, transfuge de... Elle ! Et voilà, on a tout dit. Je n'ai rien contre cette dame, qui fait sans doute le boulot qu'on lui a demandé de faire. Mais ça montre la volonté du groupe Hachette de faire de Premiere non plus un magazine de cinéma, mais un magazine sur les people du cinéma. Je leur ai laissé une chance, car certains rédacteurs de l'ancienne équipe sont restés et écrivent toujours de bons articles. Mais quand on voit avec quel dédain Premiere a répondu aux très nombreuses critiques de ses lecteurs sur cette nouvelle maquette, et quand on voit qu'au bout de trois mois, rien n'a changé, il n'y a qu'une chose à faire : résilier l'abonnement. Et aller voir ailleurs.

Dommage, onze ans de fidélité, j'en étais assez fier. Mais la loi du marché prime. Et encore, je suis certain qu'ils vont se planter. Les lecteurs de Premiere ne sont pas idiots. En plus, Premiere a amélioré son site internet récemment. Il y a donc peu de chances pour que les fidèles continuent de subir les horreurs de la version papier s'ils trouvent la même chose sur le net (du moins en terme de contenu).

Quant à moi, je vais réécrire à Milla. On ne sait jamais. Je lui manque peut-être.

 

1576992219.2.jpgPS : ah oui, j'ai failli oublier : dans le numéro de ce mois-ci, un invité d'honneur de marque, qui nous parle de ses goûts ciné : Julien Doré ! Ouais, trop coooool !!!!