01.07.2008
Les films de mai 2008
J'entends déjà des protestations qui s'élèvent au fond de la salle. Oui je sais, j'ai un mois de retard. Et je m'en excuse. Mais il faut dire que le mois de mai n'a pas été exceptionnel niveau ciné. Juin fut bien meilleur et je tenterai de faire un résumé des films que j'ai vus dans les temps (c'est-à-dire, dans la semaine).
1er mai : Iron Man, de Jon Favreau 

Je ne connaissais pas le comics et suis donc allé voir ce film sans a priori, à part celui concernant les qualités d'acteur de Robert Downey Jr. Iron Man s'avère être un film de super héros plutôt sympathique, bien rythmé, assez joli et au scénario correct. Il prend son temps dans la genèse du héros, ce qui, pour moi, est toujours la part la plus intéressante d'un film de super héros. Bon, ça reste très masculin comme univers : des exosquelettes aux allures de robots, de belles voitures chromées...
On notera aussi la très bonne interprétation de Downey, qui convient parfaitement au rôle. Ainsi qu'une séquence post-générique assez alléchante (restez jusqu'au bout !). Dans l'ensemble, Iron Man ne casse pas des briques mais reste un agréable divertissement.

Allez, petit plaisir coupable du mois : un film d'aventure et de chasse au trésor avec une jolie fille en maillot de bain (Kate Hudson, très bien comparée à McConaughey, qui cabotine à mort). L'histoire n'a rien d'original et est même franchement incompréhensible dans ses détails : une histoire de bateau coulé quelques siècles plus tôt avec en son sein un trésor inestimable, que des chasseurs de trésors modernes vont tenter de localiser à l'aide de livres et d'énigmes brumeuses.
Mais bon, il y a la mer, un peu d'humour et, je le répète, des filles en maillot de bain. Alors ça ne casse pas trois pattes à un canard, c'est même nettement en dessous de L'Île de Nim, mais on s'amuse un peu.

En tant que fan d'Indiana Jones (et surtout du troisième opus), ce quatrième épisode était immanquable. Avec une pointe d'appréhension tout de même : les dernières réalisations de Spielberg ne sont pas ses meilleures, et l'imaginaire de Lucas a toutes les chances d'être pollué par des considérations bassement commerciales...
Bonne surprise donc que ce film, qui n'est rien d'autre qu'un Indiana Jones, et c'est ce qu'on lui demandait. Le personnage d'Indy, bien que vieilli, ne s'en sort pas trop mal (peut-être un peu moins d'humour ou de nonchalance). On a remplacé les nazis par les communistes russes, et la chronologie semble respectée. Les aventures sont variées, mouvementées, entre sombres grottes pleines de trésors historiques, jungle sans pitié et scène finale assez grandiose, bien qu'un peu trop space.
On regrettera une utilisation abusive des effets numériques (les chiens de prairie totalement inutiles, les singes dans la jungle), et quelques scènes vraiment ridicules, comme cette explosion nucléaire au début à laquelle Indy survit... dans un frigo !
Mais dans l'ensemble, le contrat est respecté, et la fin laisse plusieurs possibilités quant à une éventuelle suite ou spin-off...


Un ancien policier au passé trouble s'est reconverti dans le nettoyage de scènes de crime. À la fin de sa dernière mission, il oublie de rendre la clé de la maison qu'il a nettoyée. Il revient sur place et comprend que la femme qui y habite n'est pas au courant qu'il y a eu un meurtre.
Le sujet est plutôt original mais le scénario est finalement très classique. Cleaner est un thriller plutôt banal, à la consctruction sans surprise.
Ce qui sauve le film, c'est la complexité psychologique de certains personnages, comme celui joué par Jackson et surtout sa fille, qu'on ne voit pas souvent mais qui donne au film une dimension plutôt surprenante. Dommage que ce filon n'ait pas été mieux exploité au niveau du scénario.
13:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, mai 2008, iron man, deux jours a tuer, l'amour de l'or, indiana jones 4, cleaner
17.06.2008
Phénomènes (The Happening)

Alors qu'une partie de la France s'excitait devant vingt-deux péquins courant après un truc rond et blanc, je suis allé voir Phénomènes, le nouveau film de M. Night Shyamalan. Un Shyamalan est toujours un phénomène en soi. Même s'il est pas mal décrié (il faut dire que sa Jeune fille de l'eau n'était pas vraiment convaincante), il provoque une certaine vague de curiosité, on se demande ce qu'il va bien pouvoir nous sortir cette fois-ci, est-ce qu'il va savoir se renouveller. Et est-ce qu'il va enfin faire un film qui sort des sentiers qu'il a lui-même battus et rebattus.
Ca s'engageait mal : lors de ma première vision de la bande-annonce au cinéma, un connard derrière moi, pas discret du tout, a dit à sa copine qu'il en avait entendu parler, et s'est mis à lui en révéler la fin, dont j'ai capté quelques bribes. Autant vous dire que j'étais prêt à lui exploser la tête, et depuis j'essayais de ne pas y penser, en me disant que j'avais mal compris, ou qu'il racontait n'importe quoi pour faire son intéressant... Mon soulagement fut donc grand à la fin du film lorsqu'il s'est avéré que ce que j'avais entendu n'avait rien avoir avec Phénomènes !
Bref, parlons du film. Il s'ouvre sur un bel après-midi dans Central Park, ou les joggueurs courent, où les enfants jouent, où les chiens se soulagent dans l'herbe et où les gens discutent sur les bancs. Ce que font deux jeunes filles, jusqu'à ce que l'une d'elles s'arrête de parler puis s'enfonce son aiguille à cheveux dans le cou. Quelques centaines de mètres plus loin, des ouvriers se jettent du toit d'un immeuble en construction. L'évidence est là : un phénomène inexpliqué pousse les gens à se suicider. On pense d'abord à une attaque terroriste, mais quand le phénomène s'étend à plusieurs grandes villes, le doute s'installe, avec la panique. Elliot et sa femme Alma, fuyant Philadelphie avec un ami et sa fille, vont tenter d'échapper au phénomène, à défaut de le comprendre.
Phénomènes fait indéniablement penser à Signes. Dans la présentation de la situation, que l'on découvre petit à petit ; dans le resserrement de l'intrigue sur une poignée d'individus représentant la cellule familiale ; dans l'atmosphère d'angoisse que Shyamalan maintient d'une main de maître tout au long du film ; dans les images frappantes qui parsèment le film (je me souviens de cette vidéo amateur dans Signes montrant pour la première fois, de loin, un ET - j'en ai bondi sur mon siège !) ; et jusque dans l'idée universelle qui sous-tend le film, bien qu'elle n'ait rien à voir avec celle de Signes. Les thèmes sont aussi sensiblement identiques, bien qu'exploités différemments : la famille comme liant social atomique (ce qui vaut quand même mieux qu'un match de foot professionnel...), une situation qui échappe à l'entendement humain et à la pensée scientifique, qui ne sert alors qu'à "s'en sortir" et plus à comprendre. Mais Shyamalan introduit aussi des thèmes qui sont plus dans l'air du temps et qui cristallisent les angoisses de notre société occidentale, comme le terrorisme, l'écologie ou la dégradation des liens sociaux. Plus généralement, on retrouve aussi la "recette Shyamalan", la construction classique de ses films, mais avec une variante là où l'on s'y attend le moins : enfin, le réalisateur ne fait pas reposer son film que sur la fin, en terme d'articulation, de fonctionnement logique et de signification.
Techniquement, Phénomènes est irréprochable : l'image est nickel comme d'habitude, les cadres et mouvements de caméras sont au poil, c'est magnifique à regarder. La manipulation du suspens est aussi exemplaire : l'auteur joue avec nos nerfs, il maintient un équilibre fragile entre la montée de la tension et l'évolution de l'histoire. Bref, il ne nous lâche jamais. Et tout cela n'est pas du tout dénué d'émotion ni de profondeur comme pourrait le laisser penser cette technique bien huilée. La musique, discrète et lancinante, y est pour beaucoup : d'une simplicité qui rappelle celle de The Fountain, elle installe une ambiance mi-feutrée, mi-angoissante qui berce le film de bout en bout. Chapeau aussi aux acteurs, notamment Mark Wahlberg et Zooey Deschanel, cette dernière parvenant à exprimer énormément de choses rien qu'avec ses (magnifiques) yeux.
On finira par dire que le principal, c'est quand même la puissance d'évocation de Shyamalan, qui stimule notre imagination avec une idée simple mais riche en implications et en développements possibles. On ressort du film avec le cerveau en ébullition, à la fois pour se le repasser dans la tête, mais aussi pour en imaginer la suite car, pour une fois, Phénomènes laisse des ouvertures qui vont bien plus loin que de sympathiques mais éphémères pirouettes scénaristiques.
23:31 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : phenomenes, happening, shyamalan
12.05.2008
Les films d'avril 2008
Petite séance de rattrapage pour les films que j'ai vus en avril, à la manière d'un Epikt mais avec quelques jours de retard et sans le même degré de pertinence :)
6 avril : J'ai toujours rêvé d'être un gangster, de Samuel Benchetrit 

Un film qui réunit, entre autres, Jean Rochefort et Edouard Baer, ne peut pas être foncièrement mauvais. Ils avaient déjà tourné ensemble dans Akoibon, deuxième réalisation de Baer, film complètement bizarre mais avec un jeu d'acteurs excellent. J'ai toujours rêvé d'être un gangster était donc un film à voir pour son casting de "gueules" (outre les deux déjà cités, on peut y voir Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff, Roger Dumas, Bouli Lanners...). L'affiche laissait également présager le meilleur par son graphisme étonnant et son adéquation parfaite avec le titre.
Je ne fus pas déçu. Film à sketchs tournant autour d'une cafétéria au bord de la route, J'ai toujours rêvé d'être un gangster bénéficie avant tout d'une photo noir et blanc très belle et très léchée. Benchetrit rend hommage au cinéma de la première moitié du 20ème siècle (on peut voir quelques photos d'actrices et d'acteurs de cette époque dans la cafétéria) et va même jusqu'à tourner une séquence à la manière des films muets comme ceux réalisés par Chaplin.
Côté histoire, on croise Edouard Baer en chômeur paumé qui braque la cafétéria et tombe sous le charme de sa serveuse (Anna Mouglalis, magnifique, avec une voix à vous mettre à genoux) ; deux kidnappeurs amateurs qui enlèvent maladroitement une ado fille de riche ; cinq anciens gangsters vieillis nostalgiques de leurs anciennes aventures ; et Alain Bashung et Arno se rencontrant dans la cafétéria et remettant sur la table quelques vieilles rancunes. Dans tous les cas, on navigue entre humour absurde et mélancolie. Mais toujours l'humain est mis en avant : chaque protagoniste, sous ses dehors faussement menaçants, n'attend que d'être sauvé d'un temps qui les rattrape, les dépasse et les efface. Ce sauvetage passera avant tout par l'autre, à l'occasion d'une rencontre. Sauf quand l'honnêteté fait défaut.
J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film d'une beauté visuelle et émotionnelle très forte, avec des personnages attachants et une nostalgie qui ne prend jamais le pas sur un humanisme réconfortant.

Etonnant film mexicain où de jeunes désoeuvrés s'introduisent dans un quartier privé suite à l'ouverture de l'enceinte murale et électrifiée lors d'une tempête. Pénétrant dans la première maison, ils tuent la propriétaire mais la bonne déclenche l'alarme. Les hommes de la résidence arrivent sur place et tuent les malfrats sauf un, qui s'échappe. Mais l'un des résidents tue aussi un gardien. Pour ne pas être ennuyés par la police, les résidents maquillent la disparition du gardien en suicide et décident de traquer seuls le jeune survivant, qui ne peut pas sortir de la propriété privée.
C'est un film sur la dérive sécuritaire, très bien fait et plutôt subtil - les résidents n'ont pas tous des tendances fascistes - qui installe une ambiance inquiétante et suffoquante. Le sentiment d'enfermement est bien rendu, aussi bien chez le fuyard que chez les habitants. Il exprime le manque de liberté qui naît d'une sur-sécurité que l'on s'impose en voulant se protéger. Un très bon film.

Vu par défaut car la séance du film que je voulais voir étais complète. Un film d'animation sympatoche mais sans grand intérêt, vraiment pour les enfants. Il y a un bon message sur le conditionnement des enfants par une éducation conservatrice et bornée (qui rappelle un peu la thèse créationniste qui sévit aux USA), mais pas sûr que nos têtes blondes le captent et le comprennent. D'autant plus qu'il est gâché par une fin où tout le monde se réconcilie (le pardon universel, très chrétien), ce qui tend à décrédibiliser ce message.

J'ai hésité entre deux et trois étoiles, et puis je me suis dit que, pour une fois qu'un film français ne parle pas de la crise de la trentaine, il fallait l'encourager. En plus j'aime beaucoup Jean-Paul Rouve et, si son film n'est formellement pas très novateur, il est suffisamment soigné pour une première réalisation.
L'histoire est celle d'Albert Spaggiari, cerveau du casse de Nice de 1976 ayant défrayé la chronique, et qui parvient à échapper à la justice. Un journaliste de Paris Match retrouve sa trace et obtient une interview exclusive. Il s'envole pour l'Espagne où Spaggiari se terre.
Le principal intérêt de ce film est la personnalité de Spaggiari, bien servi par un Jean-Paul Rouve en forme (sauf lorsqu'il s'engage dans de longues explications parlées, qui semblent artificielles). On s'attache à ce personnage fantasque et sympathique, mais aussi ayant des convictions assez ambigues (notamment sur le racisme). C'est le tour de force de Rouve : nous mettre un peu mal à l'aise en nous faisant adhérer à un personnage qui est plus sournois qu'il n'y paraît.
A noter aussi la bonne performance de Gilles Lelouche (comme d'habitude), en journaliste qui cache bien son jeu mais qui reste humain, enferré dans une situation personnelle qui n'est pas négligée.

J'en ai déjà parlé ici, alors je ne m'étendrai pas plus.

Troisième réalisation du beau George (ça c'est pour C. ;)), Jeux de dupes raconte la création de la ligue professionnelle de football américain en 1925 à travers Dodge Connolly (Clooney), leader d'une équipe "pro" au bord de la faillite, qui cherche à recruter un jeune prodige universitaire, Carter Rutherford (John Krasinski). Entre les deux, une journaliste émancipée, Lexie Littleton (Renée Zellweger), cherche à prouver que Rutherford n'est pas le héros de guerre qu'il prétend, tout en tombant sous le charme de Connolly.
Ceux qui ont vu O Brother des frères Coen se trouveront en terrain connu : même humour, même genre de personnages, même ambiance début de siècle, il est clair que Clooney a pris exemple sur ses aînés cinématographiques. Et bien lui en a pris, car le film est une réussite, avec une intrigue légère mais relativement complexe, des personnages aux motivations opposées qui s'affrontent, mais toujours dans la bonne humeur. L'image a une teinte un peu "old school" qui convient bien à l'époque. Et on rigole franchement devant les pitreries de Clooney et de Krasinski - la scène finale est hilarante. Sans oublier Renée Zellweger, parfaite dans son rôle. Un très bon film.

Cash est un Ocean's Eleven à la française, qui tient plutôt bien la comparaison avec son modèle américain. Cette histoire d'escrocs qui se courent après sans que l'on sache qui est qui et qui sait quoi est assez complexe à suivre, mais le scénario tient relativement bien la route et on ne s'ennuie pas un instant. C'est quand même un peu trop tiré par les cheveux pour être totalement crédible, mais le film est sympathique, sans plus, et on passe un bon moment.

Eh oui, fan de Dubosc et séduit par le disco, difficile de manquer ce film... qui finalement est plutôt raté, mou, pas très drôle et dans lequel on entend trop peu de disco. Le duo improbable Dubosc/Béart ne convainc pas vraiment, et le film est bourré de trop de bons sentiments. Dispensable.

Les films de Wes Anderson (La Vie aquatique, La Famille Tennebaum...) sont toujours des objets difficilement identifiables. Calmes et déjantés à la fois, ils mettent en scène des personnages marginaux à la recherche d'eux-mêmes, hantés par les liens familiaux. À bord du Darjeeling Limited n'échappe pas à la règle, et c'est tant mieux.
Francis, Peter et Jack se retrouvent en Inde à l'initiative du premier, pour un voyage initiatique à bord du train Darjeeling Limited, afin de retrouver leur spiritualité. Très vite, les tensions entre les frères ressurgissent, notamment autour de la mort de leur père et la fuite de leur mère.
Le film repose sur des personnages très forts et des acteurs exceptionnels. Entre rires et larmes, on suit avec fascination ces trois frères qui cherchent à se rapprocher même s'ils n'en ont pas pleinement conscience. Le thème de la famille est présenté sous toutes ses coutures (relations entre frères, décès du père, paternité...), sans concession et sans sombrer dans les lieux communs.
On regrettera, formellement, quelques ralentis douteux (mais rares), sinon le film est impeccable. On ne sait pas finalement ce qu'on peut en retirer, mais on reste longtemps sous le charme de cette ambiance zen et flottante, et de cette quête plus identitaire que spirituelle.
17:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, avril 2008, j'ai toujours reve d'etre un gangster, la zona, deux jours a tuer, a bord du darjeeling limited, jeux de dupes
04.05.2008
Deux jours à tuer

Il est assez rare qu'une bande-annonce de film français donne vraiment envie d'aller le voir. Non pas que je trouve le cinéma français inintéressant, malgré tout ce qu'on peut en dire. Mais il faut avouer que les pitchs ne sont pas en général particulièrement attrayants.
En tout cas pour Deux jours à tuer, de Jean Becker, la curiosité est piquée au vif. Il faut dire qu'avec des acteurs comme Albert Dupontel et Marie-Josée Croze, il y a de quoi être alléché. Le premier surprend à chacun de ses rôles, de Bernie à Fauteuil d'orchestre, entrant dans tous les costumes et tous les personnages avec un naturel incroyable. La seconde est une des actrices les plus talentueuses du moment : originaire du Québec, elle a d'abord fait ses preuves de l'autre côté de l'Atlantique avant de traverser l'océan et illuminer les écrans français. En particulier, son regard est capabler d'exprimer la plus subtile des émotions sans le moindre mot (voir son rôle dans La Petite chartreuse, de Jean-Pierre Denis, film pas complètement convaincant mais aux personnages profonds ; ou bien Maelstrom, de Denis Villeneuve ; ou encore Ordo, de Laurence Fereira Barbosa, avec Roschdy Zem). Ses rôles sont la plupart du temps des personnages un peu à part, psychologiquement complexes et renfermant des blessures secrètes. Du moins lorsqu'elle est utilisée à sa juste valeur, mais nous y reviendrons.
Au-delà du casting, la bande-annonce nous montre un homme, Antoine (Albert Dupontel), a priori bien comme il faut, pêter les plombs en face de ses amis et de sa famille, leur balançant leurs quatre vérités en pleine figure et mettre les voiles, larguant tout et tout le monde. Plutôt intriguant dans un monde où l'on a du mal à s'affranchir des conventions sociales, où, si l'on n'est pas marié avec cinq enfants et un bon boulot, on vous regarde avec condescendance ou pitié... Deux jours à tuer promettait donc une alternative à ce carcan (quelle que soit la valeur qu'on lui porte), à travers cet homme dont on souhaitait connaître les motivations - peut-être allait-on apprendre quelque chose sur la Vie que la société nous cache plus ou moins volontairement.
Le film tient ses promesses pendant une bonne partie. On hésite entre le rire et l'angoisse devant cet homme qui orchestre son suicide social avec application. La scène de dispute avec Cécile, sa femme (Marie-Josée Croze), et celle avec ses amis, sont très fortes et violentes, et nous mettent dans un état d'esprit assez curieux, entre incompréhension et attente de la justification. Après nous avoir menés sur quelques pistes intéressantes, comme ces retrouvailles entre Antoine et son père, Jean Becker termine malheureusement assez mal. Je ne vais pas trop en dire pour ne pas dévoiler la fin. Dans l'absolu, l'explication proposée se tient, a son intérêt. Mais ce n'est pas ce qu'on attendait du film. On est déçu par cette solution peut-être chargée d'émotion, mais qui coupe court à nos interrogations, ramenant le film dans une normalité toute consensuelle. Dommage, il y avait vraiment des éléments de réflexion intéressants. D'autant plus que Dupontel est très bon et aurait pu incarner jusqu'au bout cette folie complexe qui le gagne au début du film.
Autre élément de déception : le sous-emploi de Marie-Josée Croze. Il semble que les réalisateurs français, en général, la cantonnent à des seconds rôles qui, certes, sont fouillés, intéressants, etc. Mais rarement elle dépasse celui de faire-valoir. Ici, mis à part dans la scène de dispute initiale, on ne la voit quasiment pas. Ce n'est pas une remarque d'amoureux transi, son personnage méritait vraiment un développement plus poussé, surtout sur la fin. De même dans Mensonges et trahisons (et plus si affinités), Ne le dis à personne (même si c'est un film génial) ou bien Munich (film archi nul où elle se fait tuer au bout de 30 secondes, ce qui, en plus d'être absurde, et inadmissible). Chez les français, seule Laurence Fereira Barbosa, dans Ordo, lui donne un rôle à sa mesure, exceptionnel, tout en subtilité, avec un jeu des masques et des miroirs psychologiques assez impressionnant. Les québequois heureusement connaissent sa valeur. Espérons que les français vont enfin comprendre qu'ils ont une actrice de premier plan sous la main et lui écrire des rôles à sa mesure.23:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : deux jours a tuer, dupontel, croze
29.04.2008
Ma pige pour Premiere
Il y a quelques jours, dans la discussion qui a suivi mon coup de gueule sur la nouvelle maquette de Premiere, j'ai subrepticement glissé que j'avais publié une critique dans la rubrique du courrier des lecteurs, sur le film Dogora de Patrice Leconte, sorti en 2004. La critique est parue dans le numéro de janvier 2005. A la demande générale de Bruno, voici la-dite critique, qui répondait à celle de Premiere, bien trop courte à mes yeux pour rendre justice à ce film magnifique, et dont la musique d'Etienne Perruchon continue de me faire décoller. Je reviendrai probablement un jour plus en détail dessus.
Bonjour cher magazine,
je viens de voir Dogora - Ouvrons les yeux, de Patrice Leconte, et je me
permets de réagir à votre critique - au demeurant très juste - car il y a
tant de choses à en dire...
Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme.
En variant le ton - par exemple, tenez :
Surpris : "Rien ne se passe mais on reste éveillé !"
Artiste : "Beauté des images et de la musique,
Mêlées si justement en un objet lyrique."
Militant : "Témoin de la misère du monde
Et de ses habitants, entre taudis immondes
Et décharges aux allures de supermarché."
Philosophe : "Film sur le mouvement et l'immobilité,
Des hommes coincés entre la vie et l'attente,
Visages figés et corps en marche lente."
Sociologue : "Métaphore de l'incommunicabilité,
Jamais on ne voit les gens se parler,
Alors qu'à nos oreilles résonnent sans cesse
Bruits de conversation, de circulation ou de liesse."
Allumé : "Mais non, vous n'avez rien compris,
C'est ici de science-fiction qu'il s'agit !
Le jeu du décalage et des contrastes acérés,
La capture d'ambiances nouvelles ou déplacées,
Les frontières du réalisme sont totalement abolies."
Finalement, Dogora à aucun genre n'est soumis.
Pourtant il les couvre tous... drame,
Comédie, social, fantastique... Un film poly-gammes.
Manquent l'amour et la guerre.
Cet oubli serait-il volontaire ?...
Et attention, pour finir, le jeu de mot qui tue :
C'était la tirade du ci-nez.
Désolé.
08:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : premiere, dogora, critique
23.04.2008
L'Île de Nim (Nim's Island)

Démarrer la partie cinéma de mon blog avec un film destiné à la jeunesse n'est pas, a priori, le meilleur moyen de manifester le sérieux que j'aimerais donner à cette rubrique. Mais ma conception de ce que doit apporter le cinéma n'exclut pas les films de pur plaisir, quelles que soient leurs cibles. J'assume donc mon récent coup de coeur pour L'Île de Nim (Nim's Island), film de Jennifer Flackett et Mark Levin, avec Abigail Breslin, Jodie Foster et Gerard Butler (le Leonidas de 300).
Pour être honnête, je n'avais qu'un objectif en choisissant ce film : voir Jodie Foster faire le clown, comme le laissait entendre la bande-annonce. Jodie Foster est l'une des actrices les plus talentueuses au monde (et les plus jolies aussi, ce qui ne gâche rien), plutôt habituée à des rôles sérieux. L'occasion de la voir jouer dans une pure comédie était trop belle pour ne pas être saisie.
Le film en lui-même n'a rien de bien exceptionnel : il s'agit d'une comédie pour enfants, dont l'héroïne (Abigail Breslin), une gamine vivant avec son père sur une île déserte après la mort de sa mère, doit protéger son foyer contre d'envahissants touristes. Son père parti en mer, elle se retrouve toute seule et fait appel à Alex Rover (Gerard Butler), héros de romans d'aventure avec qui elle entre en contact par email. Mais l'Alex Rover à l'autre bout du monde n'est pas le héros escompté, mais une écrivaine agoraphobe et maniaque (Jodie Foster) qui va réussir à s'extraire de son quotidien pour tenter de sauver la jeune fille.
Entre gags potaches et intrigue à la Maman, j'ai raté l'avion, L'Île de Nim est loin d'être un grand film. Pourtant, on s'attache à cette gamine entourée de ses amis animaux (un éléphant de mer, un pélican et un lézard), qui déploie une énergie et un optimisme entraînants, ce qui n'est pas désagréable vu l'époque où l'on vit.
Quant à Jodie Foster, c'est une véritable révélation. Son talent comique est réel. La voir danser sur un rythme tribal ou se prendre un arbre en pleine figure est un plaisir qui n'a rien de sadique et tout d'admiratif. Cette femme peut tout jouer à la perfection et n'a pas peur de bousculer son image.
L'Île de Nim est donc une agréable surprise, pour autant que l'on ne s'attende pas au film du siècle. On lui reprochera juste une fin un peut trop rapide (et, soyons honnêtes, très convenue - mais rien d'étonnant pour ce genre de film) et une exploitation limitée du duo Breslin/Foster, qui se rencontrent trop tard à mon goût.
Si vous avez des enfants, c'est une excellente alternative à l'inondation de films de fantasy qui noie le marché du cinéma jeunesse. Si vous n'en avez pas mais que vous avez gardé une âme d'enfant, vous pourriez sans doute y prendre beaucoup de plaisir.
15:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jodie foster, ile de nim, nim's island



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