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31.07.2008

Soleil chaud, poisson des profondeurs, de Michel Jeury (Partie 1)

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Couverture de J. Paternoster (2008)
Michel Jeury bénéficie en ce moment des grâces de la réédition, et ce n’est que justice au regard de son talent et des œuvres géniales qu’il a produites. Dernière en date : la réédition de Soleil chaud, poisson des profondeurs chez Robert Laffont / Ailleurs & Demain. Il semble que Gérard Klein ait décidé de republier la trilogie chronolytique de Jeury (bien que chaque roman soit indépendant) dans le désordre chronologique (mais après tout, pour des romans qui évoquent l’abolition du temps, quoi de plus… logique ?) : Le Temps incertain (1973), Les Singes du temps (1974) et donc ce Soleil chaud, poisson des profondeurs (1976). Excellente initiative. En attendant une chronique à paraître sur ActuSF (bientôt en ligne, si les vacances le permettent), le présent billet vise à développer des idées qui me semblent mériter d’y passer un temps certain (ha ha). Ne vous attendez pas cependant à une étude précise et référencée, il s’agit plus d’idées jetées sur le papier qu’une véritable analyse, qui nécessiterait plus de travail et de compétences.

Et comme je suis un peu fainéant, je découperai tout ça en plusieurs parties.

Attention, le texte qui suit contient quelques révélations sur l’histoire. Mais un livre de Jeury ne repose pas que sur son scénario, d’ailleurs souvent ses récits se terminent en queue de poisson (des profondeurs ou pas), leur intérêt ne réside pas dans leur fin. Je vais m’efforcer toutefois de ne pas dévoiler totalement l’intrigue.

Partie 1 : Un roman sur la schizophrénie (ou comment être sûr que le Transhumain lira ces lignes)

Tout le roman est construit sur la notion de bipolarité.

Son titre tout d’abord, qui renvoie aux deux symptômes psychosomatiques touchant la population : le soleil chaud provoque un brunissement de la peau, comme si le sujet avait été exposé à un soleil chaud, métaphore d’un besoin de liberté et d’évasion ; et le poisson des profondeurs se manifeste par l’apparition d’écailles sur la peau, accompagnées d’une forte tendance à l’isolation, signe d’un besoin de sécurité face à la dureté du monde.

Ensuite, les deux grandes puissances politico-économiques qui s’affrontent : Lunar, dirigée par Shri Asanab Van Varagan, et Dunn & de Hamilton, dirigée par Sir Oswald de Hamilton. Chaque puissance possède son hypersystème, sorte d’intelligence artificielle mondiale qui contrôle tout (hommes et machines), respectivement Univers Un et World Losis.

Puis, plus brièvement, on trouve d’autres oppositions :
  • Plaisir / douleur : alors que les pups, sortes de prostitué(e)s décérébré(e)s, deviennent des objets de plaisir pour ceux qui peuvent ses les offrir, les poupées Lunar (forces de l’ordre féminines de la société Lunar) jouent avec leurs victimes avec un sadisme qui n’a d’égal que le masochisme de celles-ci. Cette dualité est aussi matérialisée par les unités de mesures dans les simulations sensorielles : le yin mesure l’intensité du plaisir et le yang celle de la souffrance ;
  • Guerre virtuelle des hypersystèmes / révolution matérielle : alors que World Losis et Univers Un s’affrontent sur le réseau et jusque dans les esprits, les troupes révolutionnaires se forment dans les cités et les campagnes. La guerre prend alors deux visages, l’un fantasmatique, l’autre tout ce qu’il y a de plus concret ;
  • Oslobo Maslorovo / Malek Ozoungaria : même si ces deux chefs de file de la révolution semblent vouloir la même chose, ils dirigent des troupes différentes et sont toujours cités ensemble, comme s’ils étaient deux têtes d’un même corps, pas forcément opposées mais sans coordination entre elles ;
  • Envie de liberté (rêve) / enfermement introspectif (réalité) : cela rejoint l’opposition soleil chaud / poisson des profondeurs : les simulations (celles, par exemple, offertes par Fêtes & Territoires, société de loisirs du groupe Lunar) sont à la fois le moyen de s’évader mais aussi de se protéger dans un cocon virtuel.
Cette construction bipolaire rend compte de l’état schizophrénique dans lequel se trouve la société décrite par Jeury. Il est la manifestation des tiraillements sociaux qui déchirent la civilisation et le résultat d’une globalisation arrivée presque à son terme : la société ne peut plus composer avec ses incohérences et ses contradictions, elle se schématise elle-même dans une structure bipolaire pour créer un semblant d’équilibre et une solution provisoire à un problème insoluble. Mais cet équilibre est bien évidemment précaire et voué à l’échec.

Le roman commence au moment où cette dualité est sur le point de s'effondrer. En fait, il n’est rien d’autre que le récit de la résolution de ce problème schizophrénique. Résolution qui passe inévitablement par l’unification des deux composantes de chaque entité bipolaire : à force de se regarder en chien de faïence et de constater qu’elles sont irrémédiablement liées, elles n’ont pas d’autre choix que fusionner – il n’y a d’ailleurs pas de choix, elles sont poussées à s’unir par la force du destin – non, destin n’est pas le bon mot, cela se rapprocherait plus d’une loi physique universelles du genre gravitation. Fusion à la fois terrible et nécessaire, et dont le résultat ne sera pas forcément meilleur que les entités de départ.

Ainsi, Dunn & de Hamilton veut-il fusionner avec Lunar. Enfin, il le veut… A-t-il le choix ? Pas sûr : quand on voit de nos jours que le seul moyen de survivre pour une multinationale (la notion de survie pour une entreprise n’étant pas la même que pour un être humain : une entreprise qui survit, c’est une entreprise qui croit) est d’absorber toujours plus de concurrents, on se dit que Michel Jeury avait déjà, en 1976, une vision bien affutée des conséquences du capitalisme et de l’ultralibéralisme…

Ainsi, World Losis et Univers Un s’affrontent-ils. C’est d’ailleurs dans ce combat que le terme de fusion s’applique le mieux : même si le lecteur ne verra pas cette fusion totalement accomplie, plusieurs signes montrent qu’elle est inévitable, même si elle se fait dans la douleur. Le plus symbolique est l’apparition, suite à ce que Jeury appelle la « nébuleuse d’emballement » (il serait intéressant de voir s’il existe en vrai une théorie de l’emballement des systèmes informatiques, comme Jeury l’imagine dans son roman) d’un système fantôme, Pirate 1 – The Maze Echo (maze signifiant labyrinthe en anglais…), né de la guerre opposant les deux hypersystèmes. Soit une prémisse de fusion, le coup d’essai d’une fécondation in-vitro. Coup d’essai ou coup pour rien ? On ne le saura pas.

Ainsi, le plaisir et la douleur fusionnent-ils dans ces joutes sado-masochistes perverses qui mêlent spectacle et réalité, devant des gens tellement abrutis par leur condition misérable qu’ils perdent toute conscience des autres et d’eux-mêmes.

Ainsi la guerre des hypersystèmes et la révolution vont-elles se mélanger sur le champ de bataille, les victimes de ces luttes ne sachant plus d’où vient l’arme (physique ou psychique) qui l’atteint.

Ainsi, Oslobo Maslorovo et Malek Ozoungaria ne sont-ils finalement que deux vecteurs du changement – et d’ailleurs, rien ne nous dit qu’ils ne font pas qu’un.

Ainsi, pour finir, Claude Atoll (pas l’opticienne), finit-elle par comprendre que le soleil chaud et le poisson des profondeurs ne sont que deux manifestations d’un même besoin. Considérées au début du roman par les psychiatres de Garichankar comme deux maladies distinctes, elles s’avéreront liées et ce lien n’est rien d’autre que celui qui unit le rêve et la réalité, deux notions qui, chez Jeury, n’ont rien d’antinomique (mais on y reviendra plus tard).

Bref, Soleil chaud, poisson des profondeurs retrace un processus de fusion de personnalités (au sens très large du terme), la résolution d’une situation schizophrénique. Et la forme est aussi réussie que le fond : Jeury reproduit la confusion des personnages/systèmes à l’aide de passages nébuleux qui immergent le lecteur dans un état d’esprit disloqué. Au final, ce processus n’aboutira pas forcément sur une amélioration – Jeury laisse planer le doute à la fin du livre – mais il aura eu le mérite de mettre la société du roman en face de ses contradictions. Belle leçon qui, trente ans après, est plus que jamais d’actualité.

28.07.2008

Tourisme estival

L'été, c'est le moment pour faire ce qu'on ne fait jamais. Il y en a qui partent dans les îles, d'autres à la montagne, eh bien moi, je pars... à Paris, photographier la Tour Eiffel ! À l'occasion d'un pique-nique avec les copains d'Actusf, j'ai pu immortaliser ce monument que personne, j'en suis sûr, n'avais pensé à photographier avant moi...
 
Petite précision sur le matériel utilisé : mon fidèle Nikon D80, bien sûr, avec un objectif 35mm f2 prêté par Pat, bloqué à f2. Un cadeau empoisonné, quoi ;)

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

 

Un coup à gauche...
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Un coup à droite...
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Un coup en bleu...
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Et un coup de toutes les couleurs !
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15.07.2008

Repenti, de Renan Luce

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Depuis quelques années, le renouveau de la chanson française passe par l’affrontement de deux catégories d’artistes :
  • les stars préfabriquées type Star Ac’ ou Nouvelle Star, que je n’appelle artistes que grâce à un effort surhumain de complaisance, et qui ne font leur trou que par l’exhibition vomitoire de leur vie (et parfois de leur cul) sur les écrans de télévision ;
  • les artistes issus de la scène, qui ont démarré dans les bars et gagnent petit à petit l’estime du public par la qualité de leur musique et de leurs textes, et finissent par toucher le grand public par la force de leur talent.
(Je passe sous silence une troisième catégorie de has-been sur le retour, avec plus ou moins de succès)
(Et je caricature, bien sûr, vous ne m'en voudrez pas)
 
On reproche souvent à la seconde catégorie de faire toujours la même chose : trois accords plaqués sur une guitare, des textes drôles ou mélancoliques évoquant souvent l’enfance ou l’amour… C’est vrai que cette « nouvelle scène française », comme on l’appelle, peut parfois manquer d’originalité. Mais cela ne signifie pas absence de talent, et parfois une ou un artiste émerge plus que les autres, certains relevant même du génie. Je vais tâcher, au fil des semaines, de présenter ceux qui me touchent le plus. Préparez-vous à entendre parler de Emilie Loizeau, Pierre Lapointe ou Debout sur le zinc.

renan_luce1.jpg Premier sur la liste puisque c’est lui que j’écoute en ce moment : Renan Luce. Vous avez forcément entendu son tube Les Voisines, sur lequel je passerai très rapidement, non pas parce que je le trouve insignifiant, bien au contraire, mais parce que Miscellanées en a déjà parlé sur son blog et en des termes que je ne saurais égaler. Je me contenterai donc de mettre un lien vers son article qui mérite le détour :
Les Voisines, le Bonheur ?

La première chose qui frappe lorsque l’on écoute Renan Luce, c’est sa voix : à la fois douce et légèrement rocailleuse, parfois mélancolique mais le plus souvent rieuse, elle est chargée d’émotion et déclenche des frissons. Ces deux aspects (mélancolie/nostalgie et joie/humour) ne sont pas incompatibles, comme dans Repenti, titre de l’album, et chanson qui évoque les dernières années d’un ancien mafioso, qui se planque du côté de Dijon sous la protection du FBI et attend la vengeance de ses pairs suite à sa trahison. À la fois drôle et poignant, sur une mélodie simple, ce texte très visuel possède un caractère cinématographique que l’on retrouve dans d’autres chansons.
 
Car Renan Luce est avant tout un raconteur d’histoires. Ses chansons font souvent penser à un film, suivant le fil d’une intrigue. Il n'y a qu'à voir le clip de Repenti (par exemple sur son Myspace, où l'on peut écouter quelques chansons), dans lequel il fait fortement penser à Edward Norton... Autre exemple : dans La Lettre, il raconte comment un homme reçoit par erreur la lettre d’une jeune femme suicidaire, petit coup de pouce du destin qu’il exploitera. Le destin, peut-être le fil conducteur de cet album, où les personnages arrivent presque tous à un tournant de leur vie. Tournant pas toujours très heureux, à l’instar de Monsieur Marcel, fossoyeur narcoleptique renvoyé pour cause de ronflements pendant le service…

Ses mélodies sont à l’image de ses textes : parfois joyeuses, parfois à la limite de la tristesse (mais toujours avec une pointe d’espoir ou d’apaisement). Les arrangements ne sont pas très élaborés (guitare et piano sont les principaux instruments utilisés) mais tombent juste, et l’on a parfois la surprise de quelques trouvailles sonores, comme dans L’Iris et la rose, ou un très léger tintement évoque les sons étouffés par la neige.

renan_luce32.jpg Je finirai justement par cette chanson, L’Iris et la rose, la plus émouvante de l’album. Le narrateur, en quête d’innocence, souhaite pouvoir jeter un regard neuf sur le quotidien, que l’habitude nous pousse à traverser sans prêter attention aux petits détails. Des détails qui font pourtant le bonheur de l’existence. C’est juste magnifique. Pour en juger, voici les paroles et un lien vers la chanson sur Deezer. Bonne écoute !

Une guêpe s'envole, se pose, butine
Et l'image cogne à ma rétine
Mais déjà mon regard est loin
Je n'sais plus voir le quotidien

J'aimerais m'réveiller sans mémoire
Redécouvrir c'que j'peux plus voir
J'ai écrit une petite annonce
Un mois déjà : pas de réponse

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Je veux revoir ma première fleur
L'accompagner jusqu'à ce qu'elle meure
Et découvrir une flaque d'eau
Comme une porte pour descendre en haut

J'irai dimanche à Orly Sud
Voir le métal s'prendre pour une plume
Ouvrant mes doigts, joignant mes pouces
J'verrai mon ombre lui faire la course

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Sentant les sons comme pris au piège
Je devin'rai mes premières neiges
Battant des mains comme un enfant
J'm'entendrai rire "eh ! c'est tout blanc !"

Je veux poursuivre des nuages noirs
Au grand galop sur les trottoirs
Sous la tourmente, au mur du vent
Les parapluies deviennent vivants

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Mais j'ai croisé sur mon chemin
Deux grands yeux bleus, deux blanches mains
Ses menottes ont pris mes poignets
Et ce sont ses yeux qui m'ont soigné

Des parapluies se sont ouverts
Un grand avion a fendu l'air
A déversé ses doux flocons
Tout était blanc... tout... non

À nos pieds brillait quelque chose
Et mes yeux ont reconnu la rose
Et j'ai brûlé tout contre toi
Au brasier d'une première fois


11.07.2008

Virée parisienne (2/2)

Suite et fin des photos de ma virée parisienne du 1er juillet. La première partie est ici.

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

 

Coeur câblé
mDSC_0051_800x600.jpgVue du Sacré Coeur prise à la fenêtre d'un train entre Pont Cardinet et Clichy-Levallois. Celle-là aussi, ça fait longtemps que je la guette !

 

L'Arrivée d'un train en gare de Saint Lazare
mDSC_0024_800x600.jpgComment ça, je plagie ? ;)

 

La voie des pendus
mDSC_0005_800x600.jpgJe me suis toujours demandé s'il y avait un double sens dans l'utilisation de ce terme "potence"...

 

Orgue divin
mDSC_0006_800x600.jpgAu cas où Dieu aurait envie de se défouler les doigts...

 

Fin du monde
mDSC_0057_800x600.jpgPhoto du toit de la Bourse de Paris. Ca fait un peu bâtiment à l'abandon dans une ambiance apocalyptique. Destin logique pour un organe de chaos...

08.07.2008

Les films de juin 2008

Un mois de juin nettement plus intéressant que mai au niveau des films vus. La palme revient à JCVD, vraiment surprenant, et Phénomènes, sans doute le meilleur Shyamalan.

 

8 juin : JCVD, de Mabrouk el Mechri Stars_4.gif

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Je ne suis pas particulièrement fan de Jean-Claude Van Damme, en tout cas pas pour ses films. Ses déclarations absurdes dans la presse ou à la télé me font rire comme tout le monde, mais je ne m'étais pas jusqu'ici intéressé à l'homme. Cependant, les quelques extraits et faux teasers que j'ai vus du film m'ont convaincu d'une chose : cet homme a le sens de l'autodérision. Il y aurait donc quelqu'un à l'intérieur de ce corps musclé au service de films de baston bas de plafond ?

Eh bien oui. Van Damme joue son propre rôle, et il le fait avec une sincérité assez déconcertante. Certains passages vont un peu trop loin dans la victimisation (le procès pour la garde de sa fille, par exemple), mais dans l'ensemble son personnage est touchant, avec ses forces et ses faiblesses. Et surtout, Van Damme joue bien. Etonnant, non ? Difficile alors de savoir où s'arrête le cinéma et où commence la biographie, et c'est le principal intérêt du film. Quelques passages sont toutefois explicitement de l'ordre du réel, comme lorsque Van Damme s'élève du sol pour sortir du cadre des décors et part sur une tirade que l'on sent improvisée sur sa vie, ses sentiments, son rapport au monde. C'est, dans la forme, à rapprocher de ses célèbres délires, mais on a la dérangeante impression que cette fois c'est pour de vrai, ce n'est pas du spectacle : Van Damme se livre sans fard. Alors on peut continuer à se moquer, ou bien accueillir ces paroles avec empathie et essayer de comprendre. Bien peu dans la salle ont d'ailleurs ricané pendant cette scène, preuve que le réalisateur a réussi son coup.

Mais on aurait tort de réduire JCVD au seul aspect biographique. Car c'est avant tout un film de braquage avec un vrai scénario, de vrais personnages et un parti pris visuel qui peut gêner mais que j'ai particulièrement apprécié. L'histoire est simple : Van Damme, près d'être ruiné par son procès aux Etats-Unis l'opposant à son ex-femme pour la garde de leur fille, va récupérer du liquide dans sa banque, en Belgique. Avant d'entrer dans le bâtiment, il croise deux fans et accepte de leur signer des autographes, malgré le fait qu'il soit pressé. Les jeunes gens excités le voient entrer dans la banque. Quelques minutes plus tard, des coups de feu éclatent : il semble que Van Damme ait pris les clients en otage. La police arrive sur les lieux, ainsi que les médias et des centaines de fans.

Il y a donc une véritable histoire, qui n'est pas étouffée par la carure de Van Damme. Jouant sur une chronologie non linéaire pour nous dévoiler les informations au compte-goutte, l'auteur parvient à installer un suspense et à développer un scénario réussi. Le côté mythique de Van Damme est intégré à l'histoire, ainsi que son image auprès de ses fans ou de ses détracteurs. Les autres personnages ne sont pas négligés, et laissent la place à de très bons numéros d'acteurs : François Damiens (le monsieur "caméra cachée" belge, qu'on a déjà vu dans Dikkenek ou Cow Boy et qui a au moins autant de talent que Poelvoorde), Zinedine Soualem (acteur fétiche de Klapisch), Karim Belkhadra ou Boulli Laners (réalisateur de Eldorado et acteur notamment dans J'ai toujours rêve d'être un gangster).

JCVD est donc un mélange étonnant et très réussi, entre biographie et fiction, avec un Van Damme plus profond que ce qu'on pense, pas dupe de son image auprès du public, montrant une émotion et une humanité qui, si elles sont sûrement un peu romancées, n'en ont pas moins l'air sincères. Pas doute, on le regardera différemment, à l'avenir.

 

17 juin : Phénomènes (The Happening), de M. Night Shyamalan Stars_4.gif

phenomenes.jpgJ'en ai déjà parlé ici, mais je le répète : c'est un excellent film, dans la lignée de Signes.

 

22 juin : Sagan, de Diane Kurys Stars_2.gif

sagan.jpgN'ayant jamais lu Sagan ni ne l'ayant jamais vue à la télé, je suis allé voir ce film uniquement pour Sylvie Testud, une actrice hors norme. Difficile donc de savoir si sa performance est à la hauteur du personnage (notamment sa diction très particulière est assez gênante, mais il parlait que la vraie Sagan parlait comme ça...), mais il n'y a pas de doute sur le fait qu'elle porte le film sur ses épaules. Car en lui-même, le film n'a pas grand intérêt pour ceux qui ne connaissent pas l'auteur : on voit défiler sa vie avec, paraît-il, des clins d'oeil à ses romans, une vie certes originale (ne serait-ce que par la danse de ses amis, amants et amantes) mais qui n'est pas non plus exceptionnellement captivante. Les seconds rôles sont à peine esquissés, seuls Guillaume Gallienne (qui joue le frère de Sagan) et Jeanne Balibar tirent leur épingle du jeu. On regrettera même la présence de Pierre Palmade, qui malgré quelques efforts n'arrive pas à effacer l'impression d'artificialité de son jeu, et surtout d'Arielle Dombasle, dont on se demande pourquoi des réalisateurs font encore appel à elle alors qu'elle n'a aucun talent.

Malgré tout, le film reste sympathique à regarder, fresque assez bien faite qui traverse les décennies. La personnalité de Sagan est tout de même assez attachante, on est tour à tour agacé et charmé et notre intérêt, malgré quelques minutes d'ennui, reste la plupart du temps éveillé.

 

24 juin : La personne aux deux personnes, de Nicolas et Bruno Stars_3.gif

personne2personnes.jpgQui n'a pas été bercé, dans les années 80, par les tubes romantiques de Gilles Gabriel ? Comment, vous n'en avez jamais entendu parler ? Flouuuuu de toi, complètement flouuuuuu de toi, mais qu'est-ce qui nous arrive, j'ai perdu la diapositiiiiiive... Toujours pas ? Pourtant, la promo du film La personne aux deux personnes a joué sur ce vrai-faux clip interprété par Chabat sur le modèle des vraies chansons de l'époque : à la fois hilarant et, comment dire... gênant, dans la mesure où, à 10 ans, nous avons tous écouté ce genre de soupe...

Gilles Gabriel est donc un chanteur sur le retour, joué par Alain Chabat, persuadé que le succès va revenir. Pour preuve : il a entendu son tube trois fois à la radio dans une même semaine ! Alors qu'il écoute Flou de toi dans sa voiture, il renverse Jean-Christian Ranu, petit employé minable travaillant pour la Cogip à La Défense. Un étrange phénomène se produit : la personnalité de Gabriel est projetée dans l'esprit de Ranu, qui se retrouve envahi par cette nouvelle voix. Les deux hommes vont devoir partager le même corps, et s'entraider pour que l'un retrouve le succès, et l'autre un semblant de vie sociale.

Sur une idée totalement déjantée, Nicolas et Bruno réalisent un film hilarant bourré de bonnes idées, avec une critique acerbe mais au combien pertinente du monde de l'entreprise, entre le mépris des patrons pour les employés et les fausses techniques de motivation des troupes. Ranu, joué par Daniel Auteuil, est particulièrement convaincant en employé asocial emprisonné dans sa vie étriquée. Cela donne lieu à des scènes savoureuses, notamment dans ses tentatives désespérées de séduire sa chef, jouée par Marina Foïs.

Bref, on rit presque tout le temps. Une vrai réussite. 

 

28 juin : Bons baisers de Bruges (In Bruges), de Martin McDonagh Stars_3.gif

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Deux tueurs à gages sont envoyés à Bruges par leur patron, le temps de se faire oublier après leur dernière mission en Angleterre. Ken (Brendan Gleeson), le vieux, a toutes les difficultés du monde à clamer Ray (Colin Farrell), le jeune, qui a du mal à rester en place. Alors que Ken apprécie l'architecture charmante de Bruges, Ray s'y ennuie à mourir. Sur un tournage, il va rencontrer Chloë (Clémence Poésy), jeune belge un peu mystérieuse, ainsi qu'un nain qu'il recroisera plusieurs fois.

Oubliez le titre français et l'affiche à l'accroche stupide ("La Belgique, ses moules, ses frites et ses tueurs à gages"), qui jouent sur des stéréotypes pariant sur le fait que tous les spectateurs sont des imbéciles. Ne vous fiez pas non plus totalement à la bande annonce, qui insiste sur le côté déjanté du film. Oui, Bons baisers de Bruges est un film délirant et drôle. Cet aspect permet de capter l'attention du spectateur et de ne jamais le lacher.

Mais c'est aussi un film très humain, avec des personnages touchants, ayant chacun leur part d'ombre, des blessures secrètes. Cette humanité rééquilibre le film et l'empêche de sombrer dans l'absurde pur, le rendant nettement plus intéressant. Le réalisateur prend soin de ses personnages, même secondaires, et arrive, par petites touches, à les rendre consistants.

Une vraie bonne surprise pour un film qui, a priori, ne laissait pas espérer mieux qu'une banale histoire de gangsters.

 

29 juin : Seuls two, de Eric et Ramzy Stars_1.gif

seuls_two.jpgEt pour finir, le plaisir coupable du mois : le dernier Eric et Ramzy. Oui je sais, leurs films précédents étaient nuls. Mais j'aime bien les personnages, surtout lorsqu'ils improvisent, et la série H était plutôt pas mal. En plus, ils ont insisté pendant la promo du film sur le fait que c'était vraiment leur film, alors si je voulais me faire une idée précise sur leur talent, c'était le moment.

L'histoire : un flic minable (Eric), sur le point de se marier, poursuit sans relâche depuis 10 ans un cambrioleur (Ramzy) qui le nargue à chaque coup. Un jour, ils se retrouvent littéralement seuls dans Paris : tous les autres ont disparu.

Bon, le film ne vaut pas grand chose. Il est drôle par moments, mais certaines scènes s'étirent en longueur on ne sait pourquoi. Les deux acteurs sont à fond dans leurs personnages, difficile de juger de leur véritable talent d'acteur avec des rôles si stéréotypés. Pourtant, voir Paris vidé de ses habitants et touristes a un côté très impressionnant. Rien que pour ça, le film vaut le coup d'oeil. Mais juste un coup d'oeil : inutile de dépenser des sous pour aller le voir, il passera bien assez tôt sur TF1 ou M6...

05.07.2008

Virée parisienne (1/2)

Vous avez peut-être entendu parler de la grève du RER A mardi en raison de l'agression d'un conducteur de train. Quand je suis arrivé à Saint Lazare et que j'ai appris ça, je me suis préparé à galérer pour aller au bureau. Mais le trafic sur le RER E, ma seule solution de secours, était aussi très perturbé. N'ayant pas envie de poireauter trois heures sur le quai, j'ai décidé de rentrer chez moi et de prendre un RTT.

Mais comme il faisait beau, je n'allais pas rester enfermé dans mon appart ! C'était l'occasion de prendre mon appareil photo en bandoulière et de crapahuter dans Paris pour tenter de faire quelques photos potables. Au passage, si vous voulez voir de vraies belles photos, allez jeter un oeil sur le superbe travail de Bertrand Robion. Il expose en ce moment au Katabar dans Paris (37 rue Fontaine), jusqu'au 15 juillet. Si vous passez dans le coin, n'hésitez pas, ça vaut le coup d'oeil !

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

 

La Grande Arche de la Défense
mDSC_0001_800x600.jpgOui je sais, c'est idiot comme titre mais ça me fait marrer :)

Photo prise au pied de chez moi, place de Belgique, où ils font des travaux pour préparer l'arrivée du tram. 

 

Election 1 : Which way ?... (22/04/2007 8H00)
mDSC_0002_800x600.jpgPas très élégant, mais j'aime bien le sens qu'on peut y voir... D'ailleurs je crois que je vais commencer une série sur les pigeons !

 

Election 2 : Oh Shit ! (06/05/2007 20H00)
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Le moulin à couleurs
mDSC_0044_800x600.jpgBon, la photo n'a pas trop d'intérêt, mais j'avais envie d'essayer...

 

Coeur serré
mDSC_0030_800x600.jpgPhoto prise rue Laffite, avec un bel alignement de Notre-Dame de Lorette et du Sacré Coeur. Ca faisait longtemps que je voulais la prendre, celle-là...

01.07.2008

Les films de mai 2008

J'entends déjà des protestations qui s'élèvent au fond de la salle. Oui je sais, j'ai un mois de retard. Et je m'en excuse. Mais il faut dire que le mois de mai n'a pas été exceptionnel niveau ciné. Juin fut bien meilleur et je tenterai de faire un résumé des films que j'ai vus dans les temps (c'est-à-dire, dans la semaine).

1er mai : Iron Man, de Jon Favreau Stars_2.gif

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Je ne connaissais pas le comics et suis donc allé voir ce film sans a priori, à part celui concernant les qualités d'acteur de Robert Downey Jr. Iron Man s'avère être un film de super héros plutôt sympathique, bien rythmé, assez joli et au scénario correct. Il prend son temps dans la genèse du héros, ce qui, pour moi, est toujours la part la plus intéressante d'un film de super héros. Bon, ça reste très masculin comme univers : des exosquelettes aux allures de robots, de belles voitures chromées...

On notera aussi la très bonne interprétation de Downey, qui convient parfaitement au rôle. Ainsi qu'une séquence post-générique assez alléchante (restez jusqu'au bout !). Dans l'ensemble, Iron Man ne casse pas des briques mais reste un agréable divertissement.

 

3 mai : Deux jours à tuer, de Jean Becker Stars_1.gif

2joursatuer_p.jpgJ'en ai déjà parlé ici, alors je ne m'étendrai pas plus.

 

8 mai : L'Amour de l'or (Fool's Gold), de Andy Tennant Stars_1.gif

amouror.jpgAllez, petit plaisir coupable du mois : un film d'aventure et de chasse au trésor avec une jolie fille en maillot de bain (Kate Hudson, très bien comparée à McConaughey, qui cabotine à mort). L'histoire n'a rien d'original et est même franchement incompréhensible dans ses détails : une histoire de bateau coulé quelques siècles plus tôt avec en son sein un trésor inestimable, que des chasseurs de trésors modernes vont tenter de localiser à l'aide de livres et d'énigmes brumeuses.

Mais bon, il y a la mer, un peu d'humour et, je le répète, des filles en maillot de bain. Alors ça ne casse pas trois pattes à un canard, c'est même nettement en dessous de L'Île de Nim, mais on s'amuse un peu.

 

26 mai : Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, de Steven Spielberg Stars_2.gif

indy4.jpgEn tant que fan d'Indiana Jones (et surtout du troisième opus), ce quatrième épisode était immanquable. Avec une pointe d'appréhension tout de même : les dernières réalisations de Spielberg ne sont pas ses meilleures, et l'imaginaire de Lucas a toutes les chances d'être pollué par des considérations bassement commerciales...

Bonne surprise donc que ce film, qui n'est rien d'autre qu'un Indiana Jones, et c'est ce qu'on lui demandait. Le personnage d'Indy, bien que vieilli, ne s'en sort pas trop mal (peut-être un peu moins d'humour ou de nonchalance). On a remplacé les nazis par les communistes russes, et la chronologie semble respectée. Les aventures sont variées, mouvementées, entre sombres grottes pleines de trésors historiques, jungle sans pitié et scène finale assez grandiose, bien qu'un peu trop space

On regrettera une utilisation abusive des effets numériques (les chiens de prairie totalement inutiles, les singes dans la jungle), et quelques scènes vraiment ridicules, comme cette explosion nucléaire au début à laquelle Indy survit... dans un frigo ! 

Mais dans l'ensemble, le contrat est respecté, et la fin laisse plusieurs possibilités quant à une éventuelle suite ou spin-off... 

 

29 mai : Cleaner, de Renny Harlin Stars_2.gif

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Un ancien policier au passé trouble s'est reconverti dans le nettoyage de scènes de crime. À la fin de sa dernière mission, il oublie de rendre la clé de la maison qu'il a nettoyée. Il revient sur place et comprend que la femme qui y habite n'est pas au courant qu'il y a eu un meurtre.

Le sujet est plutôt original mais le scénario est finalement très classique. Cleaner est un thriller plutôt banal, à la consctruction sans surprise. 

Ce qui sauve le film, c'est la complexité psychologique de certains personnages, comme celui joué par Jackson et surtout sa fille, qu'on ne voit pas souvent mais qui donne au film une dimension plutôt surprenante. Dommage que ce filon n'ait pas été mieux exploité au niveau du scénario.

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