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17.06.2008
Phénomènes (The Happening)

Alors qu'une partie de la France s'excitait devant vingt-deux péquins courant après un truc rond et blanc, je suis allé voir Phénomènes, le nouveau film de M. Night Shyamalan. Un Shyamalan est toujours un phénomène en soi. Même s'il est pas mal décrié (il faut dire que sa Jeune fille de l'eau n'était pas vraiment convaincante), il provoque une certaine vague de curiosité, on se demande ce qu'il va bien pouvoir nous sortir cette fois-ci, est-ce qu'il va savoir se renouveller. Et est-ce qu'il va enfin faire un film qui sort des sentiers qu'il a lui-même battus et rebattus.
Ca s'engageait mal : lors de ma première vision de la bande-annonce au cinéma, un connard derrière moi, pas discret du tout, a dit à sa copine qu'il en avait entendu parler, et s'est mis à lui en révéler la fin, dont j'ai capté quelques bribes. Autant vous dire que j'étais prêt à lui exploser la tête, et depuis j'essayais de ne pas y penser, en me disant que j'avais mal compris, ou qu'il racontait n'importe quoi pour faire son intéressant... Mon soulagement fut donc grand à la fin du film lorsqu'il s'est avéré que ce que j'avais entendu n'avait rien avoir avec Phénomènes !
Bref, parlons du film. Il s'ouvre sur un bel après-midi dans Central Park, ou les joggueurs courent, où les enfants jouent, où les chiens se soulagent dans l'herbe et où les gens discutent sur les bancs. Ce que font deux jeunes filles, jusqu'à ce que l'une d'elles s'arrête de parler puis s'enfonce son aiguille à cheveux dans le cou. Quelques centaines de mètres plus loin, des ouvriers se jettent du toit d'un immeuble en construction. L'évidence est là : un phénomène inexpliqué pousse les gens à se suicider. On pense d'abord à une attaque terroriste, mais quand le phénomène s'étend à plusieurs grandes villes, le doute s'installe, avec la panique. Elliot et sa femme Alma, fuyant Philadelphie avec un ami et sa fille, vont tenter d'échapper au phénomène, à défaut de le comprendre.
Phénomènes fait indéniablement penser à Signes. Dans la présentation de la situation, que l'on découvre petit à petit ; dans le resserrement de l'intrigue sur une poignée d'individus représentant la cellule familiale ; dans l'atmosphère d'angoisse que Shyamalan maintient d'une main de maître tout au long du film ; dans les images frappantes qui parsèment le film (je me souviens de cette vidéo amateur dans Signes montrant pour la première fois, de loin, un ET - j'en ai bondi sur mon siège !) ; et jusque dans l'idée universelle qui sous-tend le film, bien qu'elle n'ait rien à voir avec celle de Signes. Les thèmes sont aussi sensiblement identiques, bien qu'exploités différemments : la famille comme liant social atomique (ce qui vaut quand même mieux qu'un match de foot professionnel...), une situation qui échappe à l'entendement humain et à la pensée scientifique, qui ne sert alors qu'à "s'en sortir" et plus à comprendre. Mais Shyamalan introduit aussi des thèmes qui sont plus dans l'air du temps et qui cristallisent les angoisses de notre société occidentale, comme le terrorisme, l'écologie ou la dégradation des liens sociaux. Plus généralement, on retrouve aussi la "recette Shyamalan", la construction classique de ses films, mais avec une variante là où l'on s'y attend le moins : enfin, le réalisateur ne fait pas reposer son film que sur la fin, en terme d'articulation, de fonctionnement logique et de signification.
Techniquement, Phénomènes est irréprochable : l'image est nickel comme d'habitude, les cadres et mouvements de caméras sont au poil, c'est magnifique à regarder. La manipulation du suspens est aussi exemplaire : l'auteur joue avec nos nerfs, il maintient un équilibre fragile entre la montée de la tension et l'évolution de l'histoire. Bref, il ne nous lâche jamais. Et tout cela n'est pas du tout dénué d'émotion ni de profondeur comme pourrait le laisser penser cette technique bien huilée. La musique, discrète et lancinante, y est pour beaucoup : d'une simplicité qui rappelle celle de The Fountain, elle installe une ambiance mi-feutrée, mi-angoissante qui berce le film de bout en bout. Chapeau aussi aux acteurs, notamment Mark Wahlberg et Zooey Deschanel, cette dernière parvenant à exprimer énormément de choses rien qu'avec ses (magnifiques) yeux.
On finira par dire que le principal, c'est quand même la puissance d'évocation de Shyamalan, qui stimule notre imagination avec une idée simple mais riche en implications et en développements possibles. On ressort du film avec le cerveau en ébullition, à la fois pour se le repasser dans la tête, mais aussi pour en imaginer la suite car, pour une fois, Phénomènes laisse des ouvertures qui vont bien plus loin que de sympathiques mais éphémères pirouettes scénaristiques.
23:31 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : phenomenes, happening, shyamalan


Commentaires
Hum, ça m'intrigue. Mais pour l'heure, Shyamalan ne m'a jamais vraiment convaincu. Cela dit, je n'ai vu que Le Sixième sens (pas trop mal), Incassable (à pleurer de rire) et Le Village (pas mal, mais la Transhumaine avait deviné le truc dès les premières minutes...).
Et laisse donc les amateurs de football en paix, photographe animalier.
Ecrit par : Transhumain | 18.06.2008
Je crois que je les ai tous vus. Le Village, mouais, pas mal, mais encore une fois tout repose sur les 5 dernières minutes, et à force c'est lassant. Sixième sens a marché parce qu'il a surpris tout le monde. Et moi j'ai bien aimé Incassable.
Je pense que Phénomènes risque d'agacer certaines personnes qui n'ont pas aimé Signes à cause des thèmes qu'il développe, mais en terme de construction et de déroulement du film, c'est le plus original des Shyamalan (même si globalement il n'y a rien d'extraordinaire). Et l'idée qui est derrière est vraiment bien traitée, et, je trouve, particulièrement flippante.
Quant aux amateurs de foot, je les laisserai tranquilles quand ils arrêteront de m'imposer les matchs dans les bars ou quand on arrêtera d'en parler toutes les 5 minutes à la télé ou à la radio :p Au moins maintenant on va être un peu plus tranquille !
Ecrit par : Jérôme | 18.06.2008
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