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04.05.2008
Deux jours à tuer

Il est assez rare qu'une bande-annonce de film français donne vraiment envie d'aller le voir. Non pas que je trouve le cinéma français inintéressant, malgré tout ce qu'on peut en dire. Mais il faut avouer que les pitchs ne sont pas en général particulièrement attrayants.
En tout cas pour Deux jours à tuer, de Jean Becker, la curiosité est piquée au vif. Il faut dire qu'avec des acteurs comme Albert Dupontel et Marie-Josée Croze, il y a de quoi être alléché. Le premier surprend à chacun de ses rôles, de Bernie à Fauteuil d'orchestre, entrant dans tous les costumes et tous les personnages avec un naturel incroyable. La seconde est une des actrices les plus talentueuses du moment : originaire du Québec, elle a d'abord fait ses preuves de l'autre côté de l'Atlantique avant de traverser l'océan et illuminer les écrans français. En particulier, son regard est capabler d'exprimer la plus subtile des émotions sans le moindre mot (voir son rôle dans La Petite chartreuse, de Jean-Pierre Denis, film pas complètement convaincant mais aux personnages profonds ; ou bien Maelstrom, de Denis Villeneuve ; ou encore Ordo, de Laurence Fereira Barbosa, avec Roschdy Zem). Ses rôles sont la plupart du temps des personnages un peu à part, psychologiquement complexes et renfermant des blessures secrètes. Du moins lorsqu'elle est utilisée à sa juste valeur, mais nous y reviendrons.
Au-delà du casting, la bande-annonce nous montre un homme, Antoine (Albert Dupontel), a priori bien comme il faut, pêter les plombs en face de ses amis et de sa famille, leur balançant leurs quatre vérités en pleine figure et mettre les voiles, larguant tout et tout le monde. Plutôt intriguant dans un monde où l'on a du mal à s'affranchir des conventions sociales, où, si l'on n'est pas marié avec cinq enfants et un bon boulot, on vous regarde avec condescendance ou pitié... Deux jours à tuer promettait donc une alternative à ce carcan (quelle que soit la valeur qu'on lui porte), à travers cet homme dont on souhaitait connaître les motivations - peut-être allait-on apprendre quelque chose sur la Vie que la société nous cache plus ou moins volontairement.
Le film tient ses promesses pendant une bonne partie. On hésite entre le rire et l'angoisse devant cet homme qui orchestre son suicide social avec application. La scène de dispute avec Cécile, sa femme (Marie-Josée Croze), et celle avec ses amis, sont très fortes et violentes, et nous mettent dans un état d'esprit assez curieux, entre incompréhension et attente de la justification. Après nous avoir menés sur quelques pistes intéressantes, comme ces retrouvailles entre Antoine et son père, Jean Becker termine malheureusement assez mal. Je ne vais pas trop en dire pour ne pas dévoiler la fin. Dans l'absolu, l'explication proposée se tient, a son intérêt. Mais ce n'est pas ce qu'on attendait du film. On est déçu par cette solution peut-être chargée d'émotion, mais qui coupe court à nos interrogations, ramenant le film dans une normalité toute consensuelle. Dommage, il y avait vraiment des éléments de réflexion intéressants. D'autant plus que Dupontel est très bon et aurait pu incarner jusqu'au bout cette folie complexe qui le gagne au début du film.
Autre élément de déception : le sous-emploi de Marie-Josée Croze. Il semble que les réalisateurs français, en général, la cantonnent à des seconds rôles qui, certes, sont fouillés, intéressants, etc. Mais rarement elle dépasse celui de faire-valoir. Ici, mis à part dans la scène de dispute initiale, on ne la voit quasiment pas. Ce n'est pas une remarque d'amoureux transi, son personnage méritait vraiment un développement plus poussé, surtout sur la fin. De même dans Mensonges et trahisons (et plus si affinités), Ne le dis à personne (même si c'est un film génial) ou bien Munich (film archi nul où elle se fait tuer au bout de 30 secondes, ce qui, en plus d'être absurde, et inadmissible). Chez les français, seule Laurence Fereira Barbosa, dans Ordo, lui donne un rôle à sa mesure, exceptionnel, tout en subtilité, avec un jeu des masques et des miroirs psychologiques assez impressionnant. Les québequois heureusement connaissent sa valeur. Espérons que les français vont enfin comprendre qu'ils ont une actrice de premier plan sous la main et lui écrire des rôles à sa mesure.23:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : deux jours a tuer, dupontel, croze



Commentaires
C'est curieux, j'avais eu l'occasion de la voir, la bande-annonce, mais elle ne m'avait pas donné envie... sauf pour une seule chose, évidemment: la gueule de Dupontel, qui vaut en soi le détour.
Mais autant se repasser en boucle la scène magistrale de l'extincteur dans Irréversible...! (du grand art!) ainsi que celle du métro où il demande à Monica Bellucci pourquoi elle ne prenait pas son pied avec lui...
Du coup, tu m'as pas donné envie d'aller le voir, ce film, puisqu'il part en eau de boudin, visiblement...
Ecrit par : Bruno | 05.05.2008
Pas vu Irréversible, j'ai longtemps hésité en raison du dégoût qu'il a suscité, et maintenant je ne suis plus sûr du tout d'avoir envie de le voir.
Pour Deux jours à tuer, il part en eau de boudin par rapport à l'idée que je m'en faisais. Si tu veux je te raconterai la fin et pourquoi ça m'a déçu. Disons que le film prend un tournant plus émotionnel que psychologique ce qui diminue, à mon goût, son intérêt. Un peu à la manière d'un Million Dollar Baby qui, après deux heures exceptionnelles, tombe dans un pathos tellement larmoyant que ça détruit tout ce qui avait été construit avant.
Ecrit par : Jérôme | 05.05.2008
Bah, ne te laisse pas guider par le (dé)goût des autres.
Moi, c'est Olivier qui m'a fait découvrir Irréversible, et c'est un très beau film. Encore merci Olivier.
(de là à t'avouer que voir Dupontel défoncer la tronche d'un type à coups d'extincteur m'a bien "défoulé"... ;-) )
Sur Million Dollar Baby: j'aime bien, moi, quand ça chiale/fait chialer à la fin. ça m'avait pas posé de problèmes, quand je l'avais vu!
Ecrit par : Bruno | 05.05.2008
Rhôôô ! Mais Jérôme, tu le fais exprès ou quoi ?!? Jean Becker, c'est peut-être le fils de Jacques, réalisateur du chef d'oeuvre "Le Trou", mais c'est aussi, et surtout, l'un des pires réalisateurs du cinéma français. Je crois, sans rire, qu'Elisa est la pire daube que j'ai vue en salle de toute ma vie de spectateur.
Irréversible : un grand film, à mon avis, mais que j'ai trouvé insoutenable. Curieusement Bruno n'a pas été choqué (Bruno, tu me reprends si je dis des conneries), mais j'ai été physiquement ébranlé, traumatisé par la vision en salle. Comme certains films d'Haneke et de Cronenberg (qui a adoré Irréversible, paraît-il), celui de Gaspar Noé nous renvoie en pleine gueule notre relation à la représentation de la violence à l'écran. Je dois juste te prévenir, et je ne plaisante pas, que j'ai failli aller consulter un psy quelques jours après la vision du film : pendant deux jours, quand je regardais un visage (d'un ou d'une collègue, d'un passager du métro, etc.), je voyais en surimpression son visage massacré jusqu'à l'os, comme celui de la victime de Dupontel... J'ai cru que j'allais virer schizo. Mais je l'ai revu en DVD, et c'est vraiment un film incroyable.
PS : "Ne le dis à personne" est une merde ! Acteurs horriblement mauvais, pas de rythme, rien à sauver.
Ecrit par : Transhupied | 05.05.2008
Au fait, d'accord avec Jérôme sur le pathos dégoulinant de Million Dollar Baby. Encore un mystère, ça : mon pote Sébastien a adoré ce film. Comprends pas.
Ecrit par : Transhuchien | 05.05.2008
Mince, le Transhu est d'accord avec moi sur Million Dollar Baby... Là c'est moi qui vais consulter un psy ;)
Heureusement il rattrape le coup avec Ne le dis à personne, que j'ai trouvé très bon. Je trouve François Cluzet plutôt bon acteur, et le scénar était bien ficelé. La scène finale est tout simplement magnifique. Faudrait que je le revois pour être plus précis.
Ecrit par : Jérôme | 06.05.2008
Tiens j'avais passé sur cet article... comme quoi la revue de fin de mois c'est utile.
Tout ça pour dire que tu n'a pas à t'excuser de ne pas aimer un film, même si tout le monde en chante les louanges (ce qui est loin d'être le cas), même si Positif en dit "c'est du bon cinéma d'acteurs" (non mais, un mois après j'en lol encore).
Et si ça peut te rassurer, tu es très gentil avec le film, qui n'en mérite pas tant. J'y suis allé principalement pour l'affiche, et si j'avais jeté un oeil à l'auteur j'y aurais peut-être réfléchi à deux fois (d'accord avec le Transhu quoi)(sur Gaspar Noe aussi) et de toute façon dès les premiers plans j'ai compris mon erreur. Ce film est juste laid. Il est con en plus.
Ecrit par : Epikt | 02.07.2008
Le film est con mais on ne s'en rend compte qu'à la fin. Il passe complètement à côté de son sujet. Même si le contexte initial est très commun (je ne sais pas pourquoi les mecs qui bossent dans la pub font tant fantasmer les réalisateurs), j'était vraiment curieux de voir ce qui pouvait faire qu'un type "bien comme il faut" commette ce suicide social. L'idée est vraiment intéressante, car elle remet en cause les normes de notre société en terme de travail, de famille, de relations humaines...
Et en fait non, le film n'avait pas cette finalité, ce qui est très frustrant.
Ecrit par : Jérôme | 02.07.2008
Si si, justement, dès le début c'est foireux, ça sonne faux. C'est de la subversion bourgeoise en toc.
Essaye de comparer avec '99 francs', y a pas photo.
Ensuite la fin c'est juste, comment dire... comme une envie de se tirer une balle quoi !
Ecrit par : Epikt | 02.07.2008
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